« Evil Dead Burn » de Sébastien Vaniček : une démonstration de force pénible doublée d’une perspective étriquée sur le genre

Nouveau volet d’Evil Dead, la franchise culte inaugurée par la trilogie de Sam Raimi au début des années 1980, Burn démarre sur les chapeaux de roue. Le film s’ouvre sur une double introduction : à la première séquence, qui reprend la ritournelle rituelle selon laquelle un personnage naïf exhume le Necronomicon et prononce l’incantation provoquant le réveil des deadites, succède un prologue slasher-esque assumé. Cette seconde partie s’orchestre, en clin d’œil appuyé au reboot de Lee Cronin (Evil Dead Rise, 2023), autour d’un lac placide et gris pour nous livrer d’emblée une paire de « first kills » foutrement créatifs en milieu aqueux. Comme une parabole tordue de l’évolution humaine, une deadite émerge des eaux en ricanant, foule la terre, et va de ce pas y foutre le feu. Si le montage rend l’ensemble un peu déroutant (mon voisin de séance a cru, beaucoup trop longtemps après le début du film, avoir toujours affaire aux bandes-annonces), force est d’admettre que cette introduction en grand écart entre Raimi et Cronin, jusqu’à l’attendue et jubilatoire carte de titre sur fond de flammes rugissantes, épate.

Un prologue effréné qui place la barre haute, très haute, en termes de rythme. À peine le temps de s’octroyer une séquence de funérailles inspirée, à mi-chemin entre Hérédité (Ari Aster, 2018) et Thunder Road (Jim Cummings, 2018), que Burn repart à fond de train. C’est la coutume avec cette franchise, les confrontations dégénérées se succèdent, non sans se ressembler un peu. Mais si Vermines (Sébastien Vaniček, 2023) ménageait, entre deux crises de panique, des espaces de respiration indispensables à l’établissement et au maintien de l’atmosphère anxiogène du film, ici ces épisodes s’enchaînent sur un mode quasi-stroboscopique. La proposition de Vaniček, avec ce mode opératoire proche du film d’action déjà manifeste dans son premier film, tourne rapidement à la démonstration de force et de forme. Burn relève son pari esthétique avec des éclairages et des compositions maîtrisés – quelques plans larges notamment, trop rares, sont sublimes – qui, combinés aux effets (majoritairement) pratiques, composent des explosions de violence grand-guignolesques remarquables. Et bien qu’elles soient alourdies par des acrobaties techniques dont la démonstration zélée fait trop souvent vaciller l’ensemble au bord de la surcharge visuelle, elles n’en demeurent pas moins efficaces.

Cet enthousiasme indéniable dont Vaniček imprègne son film s’arrête cependant à la forme : concernant le fond, Burn témoigne d’une perspective tristement étroite sur le genre horrifique, échouant là où la version de Fede Alvarez (Evil Dead, 2013) s’en tirait de justesse. L’écriture des (trop nombreux) personnages, superficielle, ne soutient pas le poids de thèmes « Elevated-Horror-esques » – deuils, secrets et traumatismes familiaux, violences domestiques – qui se retrouvent, en conséquence, à surnager à la surface du film. Le sujet des violences domestiques, au prisme duquel l’héroïne est entièrement et exclusivement définie, sonne particulièrement creux : son traitement, qui vise la surenchère irrévérencieuse caractéristique d’Evil Dead, est limité à une poignée de répliques redondantes et forcées qui flirtent dangereusement avec le mauvais goût. Burn se conclut laborieusement là-dessus et, au bout du compte, fait l’effet d’un agglomérat (trop) compétent formellement pour son propre bien, vaguement impersonnel, dont la sauce délicate faite d’horreur, de drame et d’humour ne parvient pas à prendre.

8 juillet 2026 en salle | 1h 51min | Epouvante-horreur
De Sébastien Vaniček | Par Sébastien Vaniček, Florent Bernard
Avec Souheila Yacoub, Hunter Doohan, Luciane Buchanan

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