Dans Soudain, le réalisateur Ryusuke Hamaguchi narre la rencontre de Mari, metteuse en scène japonaise en lutte contre un cancer, et Marie-Lou, directrice d’Ehpad française décidée à y imposer la curieuse philosophie de l’humanitude. Installant ainsi la majorité de son récit dans la capitale parisienne, Ryusuke Hamaguchi ne délaisse qu’assez peu les habitudes esthétiques prises dans son cinéma nippon. La photographie solaire et immaculée que déploie le film laisse apprécier un naturalisme doucement rehaussé, propice à savourer la douceur de cadres toujours simplement composés, à l’équilibre entre l’impression d’un trivial pris sur le vif et les idées joliment poétiques. L’expérience n’en est que plus agréable, menée au fil d’une mise en scène attentionnée, enlevée, qui épouse, durant toute sa première partie, un tempo presque documentaire tant on semble observer les choses de loin, en témoin, grappillant ça et là quelques discussions et détails disséminés dans le décor. Soudain, s’il n’en atteint pas les sommets suspendus de poésie, porte la même beauté plastique que les précédents longs de son auteur, propice à s’y laisser envelopper.
À l’image du concept d’humanitude qu’il développe, philosophie consistant à prendre le temps de comprendre tout un chacun dans son humanité propre, le film prend le temps, invite à la pause et à l’écoute dans la pureté de cocons réconfortants. Le tronçon nocturne qui scinde le récit en deux en est le point d’orgue, sorte d’emphase retournant au primitif fluide de jeux et discussions d’enfants, isolées du monde. Naît rapidement l’impression de pouvoir se laisser bercer des heures par les discussions de Tao Okamoto et Virginie Efira, toutes deux excellentes dans l’interprétation d’une amitié aussi spirituellement profonde qu’elle est a priori superficielle. C’est là l’orfèvrerie du cinéaste autant que le potentiel de l’humanitude : nul besoin d’en faire beaucoup pour que les choses prennent vie.
Si l’illusion de douceur dans laquelle plonge Soudain captive assez, elle ne peut malheureusement que se clore à l’arrivée du générique, et laisser le réconfort doucement remplacé par une réflexion finalement limitée. L’ambition est noble : prôner l’espoir envers et contre tout, seul moyen de croire en quelque chose et de se construire des espaces de résistance face à un système capitaliste qui écrase tout, à commencer par l’altruisme, voire l’animisme. Pour autant, le propos apparaît rapidement circonscrit, certes plus propice à une ouverture réflexive qu’à une finalité, mais pour autant heurté à l’épaisseur didactique de dialogues lancés dans une explication empesée des mécanismes du capitalisme. C’est finalement en choisissant pour sujet l’humanitude, philosophie presque dépolitisée tant elle apparaît couler de source, que les brèches du geste thématique d’Hamaguchi se laissent voir. L’espoir fait vivre, il réjouit ici durant 3h16, mais il s’estompe forcément un jour, dans quelques petites notes de déception.
12 août 2026 en salle | 3h 15min | DrameDe Ryūsuke Hamaguchi | Par Ryūsuke Hamaguchi, Léa Le Dimna Avec Virginie Efira, Tao Okamoto, Gabriel Dahmani Titre original All of a Sudden |
12 août 2026 en salle | 3h 15min | Drame


