[CRITIQUE] THE DESCENDANTS de Alexander Payne

Depuis L’arriviste (2000), on connaît la prédilection du réalisateur Alexander Payne pour les losers. La force de son cinéma, c’est justement de transfigurer ces personnages ingrats pour en faire des héros – presque malgré eux. Avec Sideways, formidable road-movie à la fois euphorisant et dépressif qui propulsait Paul Giamatti au firmament des stars, son regard est devenu moins caustique, moins misanthrope, et donc plus empathique. Peu étonnant donc que son dernier long métrage se situe à des années lumière de Monsieur Schmidt (2002). D’ailleurs, en comparaison, The Descendants peut sembler plus ténu et moins offensif. C’est sans doute sa faiblesse : trop de bienveillance tue la bienveillance. S’il mérite le coup d’œil, c’est avant tout pour George Clooney qui réussit encore à se surpasser, qui oublie la nécessité de séduire à tout prix, qui assume ses rides et n’a pas peur de faire la morale aux adolescents. Son personnage touchant de père de famille qui passe du mec faible au mec burné fait idéalement partie du décor : un Hawaï anti-glamour avec son ciel bas, ses plages désertes et ses palmiers défraichis. Avec tendresse, Payne lui rend justice et lui donne la possibilité de faire quelque chose de son existence a fortiori cramée. En dépit des apparences, l’intrigue, adaptée d’un roman des années 50 où une femme osait traduire des émotions masculines, lorgne vers la tragédie : elle est rigoureusement construite comme une enquête policière de la dernière chance, ponctuée de climax, où la recherche de l’amant est au moins aussi haletante que la traque d’un tueur en série. Au-delà des ressorts purement dramatiques, l’épreuve est racontée avec beaucoup de tact même si, en comparaison avec le rôle de Clooney, les personnages secondaires appartiennent plus aux archétypes, semblent moins écrits voire parfois totalement superflus (le playboy bêta dont s’entiche l’aînée, subterfuge artificiel pour contrebalancer avec la noirceur de l’histoire). Des défauts qui n’entachent pas le résultat plutôt notable, ficelé de telle sorte que Clooney décroche une statuette dorée lors de la prochaine cérémonie des Oscars. Ce serait loin d’être immérité.

Les articles les plus lus

Les dix meilleurs films de 2026 (pour le moment…)

Quels sont les films vus, critiqués, aimés (et moins...

Le thriller romantique queer « The Serpent’s Skin » de Maio Mackay dévoilé dans une bande-annonce prometteuse

Une bande-annonce vient d’être dévoilée pour The Serpent's Skin,...

Culte des années 2000 : The Detroit Experiment – « Think Twice »

En 2002, Carl Craig enregistre une nouvelle version de...

« Salvation » de Emin Alper : recette pour un massacre

Avec Burning Days (2022), sorte de Réveil dans la...

Culte des années 2000 : Freezepop – « Less Talk More Rokk »

Au milieu des années 2000, Freezepop commence à changer...

Culte des années 90 : Mos Def – « May-December »

Surprise : après seize titres, Mos Def termine Black...

Culte des années 90 : Laika – « Almost Sleeping »

Le groupe Laika se forme à Londres en 1993...

Culte des années 80 : Cameo – « Word Up »

Une batterie électronique sèche, une basse qui cogne, quelques...

Culte des années 2010 : Red Axes – « Papa Sooma »

Papa Sooma s’ouvre sur quelques notes de clavier, une...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
Depuis L'arriviste (2000), on connaît la prédilection du réalisateur Alexander Payne pour les losers. La force de son cinéma, c'est justement de transfigurer ces personnages ingrats pour en faire des héros - presque malgré eux. Avec Sideways, formidable road-movie à la fois euphorisant et...[CRITIQUE] THE DESCENDANTS de Alexander Payne
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!