Premier film de son réalisateur Kim Soo-Jin, Noise s’ouvre sur un écran noir parsemé de minuscules points lumineux. Au bruissement rassurant des criquets sur fond de silence cotonneux, le plan est instinctivement interprété comme représentant un ciel nocturne. Pourtant, une transition d’un genre qui rappelle, d’ailleurs, celles dont Park Chan-Wook est friand, s’opère : de la voûte céleste d’une paisible nuit d’été, un dézoom et un glissement sonore nous font passer aux panneaux de mousse iridescente utilisés pour l’insonorisation. D’emblée, par ce geste, Kim Soo-Jin établit le thème de son film (le bruit et son impact sur la tranquillité) tout en soulignant à quel point le son qu’on associe à l’image en détermine la réception.
Obsédée par les nuisances sonores dont elle accuse son voisinage, Ju-hee, un beau jour, se volatilise de cet appartement prétendument bruyant qu’elle occupait jusque récemment avec sa sœur. Cette dernière, Ju-young, s’y installe à son tour afin de mener l’enquête. La jeune femme, malentendante, trouve bientôt mêlée aux violentes querelles qui semblent agiter l’immeuble ; une immense barre de HLM dont l’état de délabrement trahit le statut modeste de résidents qui n’ont, vraisemblablement, pas d’autre choix en la matière. Et quiconque a vécu dans une grande ville, prisonnier d’infrastructures en papier crépon pleines de voisins ayant l’audace d’exister, en conviendra : il y a dans ces nuisances sonores quotidiennes, qui s’insinuent jusque dans nos espaces les plus intimes, un potentiel horrifique indéniable.
Pour restituer sa portée à un problème qui dépasse la sphère individuelle, et même interpersonnelle, car symptomatique d’une surpopulation des villes qui, si elle atteint des extrêmes à Séoul (un citoyen de Corée du Sud sur deux y réside), touche de nombreux pays, la France comprise, Noise l’étend à un immeuble entier, dépassant ainsi les gimmicks habituels du genre. Ju-young met au jour une série de mystères qui gravitent autour d’une chaine verticale de résidents : dans ces logements (littéralement) entassés les uns sur les autres, chacun accuse l’occupant du dessus d’être à l’origine (selon l’expression consacrée en coréen) de nuisances sonores « inter-étages » intolérables.
Prémisses prometteuses donc, qui enracinent de possibles manifestations surnaturelles dans un certain réalisme social, urbain et contemporain de surcroît. À ce titre, Noise évoque d’ailleurs des films issus d’autres mégalopoles d’Asie de l’Est comme The Tenants Downstairs (Adam Tsuei, 2016) ou Chez nous, troisième et dernier segment de Trois Histoires de l’au-delà (Peter Chan, 2002), respectivement taïwanais et hongkongais. Quant au handicap du personnage principal, Ju-Young, il laisse également présager un traitement thématique et sonore intéressant, sinon complètement original ; Pas un bruit (Mike Flanagan, 2026) ou Sans un bruit (John Krasinski, 2018), dont les titres français parlent d’eux-mêmes, sont des productions du genre impliquant des personnages sourds ou malentendants, de ces nuisances de voisinage qui sont au centre du film.
Las, après un premier tiers engageant, Noise s’éparpille en pistes farfelues qui, à mesure qu’on avance vers une résolution, basculent l’une après l’autre dans des clichés convenus. Le réalisateur a incontestablement un œil pour l’horreur : à l’exception de quelques jumpscares maladroits en CGI bancale, de nombreuses scènes sont composées avec une efficacité redoutable. Mais à force de flashbacks et de circonvolutions, l’ensemble s’empêtre dans un récit qui, au script comme au montage, semble avoir les yeux plus gros que le ventre, et nous laisse, à l’arrivée, un peu écœurés.
24 juin 2026 en salle | 1h 33min | Epouvante-horreur, ThrillerDe Soo-jin Kim | Par Lee Je-hui, Kim Soo-Jin Avec Lee Sun-bin, Kim Min-seok, Kyung-soo Ryu Titre original Noijeu |
24 juin 2026 en salle | 1h 33min | Epouvante-horreur, Thriller


