Quel curieux parcours que celui de David Lowery. À la fascination d’un réalisateur passant du coq à l’âne s’ajoute une question brûlante : se relèvera-t-il un jour de son A Ghost Story ? Très franchement, on commence à en douter. Projet flamboyant et inclassable, Mother Mary avait de quoi faire jaser, avec un casting féminin quatre étoiles, une B.O. entièrement composée par FKA Twigs et un synopsis brumeux. Le silence embarrassé du public américain et l’absence de sortie en salles française (en tout cas jusqu’ici) donnaient tout de même des signes avant-coureurs. De là à faire confiance au public et à la critique US…
Navré de l’avouer, mais Mother Mary n’est ni un grand film malade ni un OVNI sublime, même s’il rêverait probablement de faire partie des deux clubs. Et on aurait préféré. Shine bright like a diamond, la chanteuse Mother Mary (Anne Hathaway) semble étouffée par un mal mystérieux qui la pousse à retrouver son ancienne amie et styliste Sam (Michaela Coel), dont les chemins se sont séparés il y a une dizaine d’années. Sans cacher une certaine rancœur, Sam se lance dans la confection express d’une nouvelle robe pour cette star au bord de la crise de nerfs, tout en profitant de l’occasion pour régler ses comptes.
On craint le pur théâtre filmé voué à ses deux actrices vedettes (toutes deux excellentes), mais Lowery a la bonne idée d’intégrer physiquement les nombreux flashbacks au sein même du décor, multipliant d’élégants allers-retours temporels. Car oui, Mother Mary est joli, inutile de le cacher : les scènes de concert, démesurées et flamboyantes, ont probablement englouti tout le budget et laissent entrevoir, de manière tout aussi démesurée, l’univers pop de Mother Mary, une Lady Gaga fictive sinon rien. Oui, c’est beau, ça brille, ça bouge… et après ? Lentement, le fantastique s’insinue dans le récit, mais de la manière la plus A24 possible. En d’autres termes : très, voire trop, symbolique. Ironie du sort : à force d’évoquer des portes mentales et physiques au détour d’un dialogue, les deux personnages finissent par se demander s’il ne faudrait pas ralentir sur les métaphores. Bonne idée, encore aurait-il fallu l’appliquer. Malgré un environnement 100 % féminin prometteur (Hunter Schafer est à deux doigts de la figuration et FKA Twigs se contente de faire la toupie), tout ce qui aurait pu être camp, saphique, troublant ou vulgaire disparaît dans un nuage de paillettes. Ampoulé et faussement virtuose, Mother Mary rejoint la longue liste des « A24eries » qui adorent se regarder le nombril.
| 1h 50min | Drame, Musical De David Lowery | Par David Lowery Avec Anne Hathaway, Michaela Coel, Hunter Schafer |



