Brandon, trentenaire new-yorkais, vivant seul et travaillant beaucoup. Quand sa sœur Sissy arrive sans prévenir à New York et s’installe dans son appartement, Brandon aura de plus en plus de mal à dissimuler sa vraie vie…
Le sujet en or de Shame (une malédiction familiale paralysant un frère et une sœur dans la même misère affective et la même autodestruction) laissait entrevoir quelque chose d’organique et de viscéral. Oubliez les promesses d’un nouveau Crash (David Cronenberg, 1996) et les fantasmes de draps souillés : l’affiche ment sur la marchandise. Dès l’introduction, Steve McQueen, le réalisateur de Hunger, suggère en filmant Fassbender au niveau du bassin que le personnage principal n’aura plus aucun secret, rapidement résumé à sa fonction de bite sur pattes. Afin de faire comprendre qu’il n’est que le reflet d’un environnement clinique et consumériste, McQueen fait évoluer le cadre dynamique dans des lieux anonymes : dans le métro infesté de clochards et de femmes potentiellement nymphos, au bureau entre les salles de réunion inhospitalières et les salariés corsetés dans leurs costumes bien repassés, dans les night-clubs et les bars aux lumières artificielles où des hommes et des femmes esseulés cherchent du chaud dans le froid et, évidemment, dans son appartement aussi glacé que lui aux murs blancs et aux fenêtres qui donnent envie de se jeter dans le vide.
Moins intéressé par le contexte urbain (New York n’apparaît qu’en toile de fond alors que la mégapole aurait dû être un personnage) que par la claustration physique et mentale, McQueen passe en revue toutes les névroses contemporaines pour redéfinir l’hédonisme, le désir et la jouissance aujourd’hui (Internet, prostitution, back-room), le virus informatique «symbolisant» le virus du héros. L’effet de compilation a ses limites et la représentation est inégale, tantôt bien vue (Fassbender bloqué pendant l’acte par une caresse), tantôt embarrassante (les femmes plaquées aux vitres des buildings comme dans les téléfilms érotiques des années 90). Au-delà des clichés, la mise en scène pose également problème. Les dispositifs formels, déjà à l’épreuve dans Hunger, clignotent pour prévenir des «grands moments» à venir comme lorsque Carey Mulligan chante en intégralité New York New York pour amener un peu de fragilité dans ce monde d’aliénés. D’accord, mais à force de privilégier la lisibilité, Shame se débarasse progressivement de sa «honte» et ne parvient jamais à générer le trouble voulu ou le vertige que l’on pouvait par exemple ressentir devant Le démon, d’Hubert Selby Jr. De tous les plans, Michael Fassbender a donné ses tripes à ce qu’il pensait être – et pourrait bien être – le rôle de sa vie. Mais sa performance fonctionne à double-tranchant et résume la faiblesse du film : quand l’acteur simule la tension sexuelle avec son regard de braise, ses yeux semblent chercher son cerveau.

