Voici venu le plaisir horrifico-charnel annuel de la Croisette, désormais habituée à laisser entrer des monstres. Pour son premier long-métrage, Marion Le Corroller, déjà prometteuse dans le court-métrage, poursuit ses explorations du milieu médical au travers de Margot, jeune interne débordée aux prises avec les cas d’une maladie étrange, dont elle va peu à peu retrouver les symptômes sur son propre corps.
Si le pitch ici proposé semble évidemment poursuivre le sillon de Grave, la cinéaste se déclare, dès sa séquence d’introduction, du côté du cinéma de Coralie Fargeat. Montage agressif et recherches esthétiques s’entrechoquent au sein d’un geste généreux, qui se sait aussi imparfait que de bonne volonté. Si, faute de moyens, la minutie de ses pairs semble difficile à atteindre, surtout lorsqu’il s’agit d’en citer très littéralement les compositions picturales et les morceaux techno, l’amusement prend rapidement le dessus tant il s’étend jusqu’au potentiel mauvais goût esthétique, sous les atours de cases de BD ultra-colorées. Le dosage est imparfait, menace parfois de se noyer dans le clipesque, mais c’est l’ardeur qui prédomine, jusqu’à un plan intra-corporel dont on se souviendra sans doute un bon moment tant il est gras, bis par essence.
Exit la subtilité : chaque effet de sens et chaque métaphore sont ultra-visibles, assénés en pleine face. S’impose alors forcément, face à cette outrance, une écriture relativement en surface, qui ne peut creuser l’intimité et la complexité de personnages très archétypaux au-delà de leur évidence fonctionnelle. Parfois retenu dans son déploiement par un huis clos réduisant ses élans de récit épidémique, le tout se maintient pourtant à flot grâce à des interprètes convaincues et convaincantes, à commencer par la génialement impliquée Mara Taquin, jeune révélation mais déjà valeur sûre.
Nul besoin d’attendre de ce cadre un portrait ciselé d’un hôpital public en délitement. L’intention tient davantage du décor stimulant, celui des arcanes d’un simili-vaisseau spatial. Marion Le Corroller entend alors observer non pas les murs, mais les fluides qui y suintent, ceux de corps assaillis de stress, de violence et de sexualité, autant de manifestations d’une santé mentale qui dévisse individuellement, mais surtout collectivement.
Comment alors fuir cette déshumanisation capitaliste, qui réduit les corps à des fonctions censément robotiques ? La cinéaste répond par la violence la plus grasse qui soit, fonçant toujours tout droit. Un emballement nerveux élève le final dantesque du film, changeant sa protagoniste en engrenage d’une horreur bis jouissive lancée à pleine vitesse. Peu importe que la machine de l’horreur à la française soit précaire : elle fonce tout droit, sans freiner.
28 octobre 2026 en salle | 1h 43min | Epouvante-horreurDe Marion Le Corroller | Par Marion Le Corroller, Thomas Pujol Avec Mara Taquin, Karin Viard, Kim Higelin |
28 octobre 2026 en salle | 1h 43min | Epouvante-horreur

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