« Saccharine » de Natalie Erika James : récit visuel efficace alourdi par un scénario trop gourmand

Après l’exploration de la démence façon « post/J-horror » dans Relic (2020), puis un prequel un peu timide à Rosemary’s Baby (Roman Polanski, 1968) avec Apartment 7A (2024), la réalisatrice australienne Natalie Erika James signe cette année Saccharine, un troisième long métrage présenté en séance de minuit à Sundance puis à la Berlinale. Il y est question d’Hana, étudiante en médecine anxieuse et réservée (incarnée très justement par Midori Francis) qui, dans l’espoir de calmer ses crises de boulimie, se lance dans un traitement alternatif dont les effets secondaires ne tardent pas à se manifester.

Dès son générique d’ouverture, le film établit un parallèle évident entre l’organique et le comestible : les noms des boîtes de production apparaissent tantôt comme de la gélatine édulcorée, tantôt comme un épiderme tendu. Les bruits humides et autres râles de la bande sonore sur l’écran encore noir, s’ils évoquent d’abord un coït, s’avèrent provenir d’un autre type d’orgie. Se succèdent alors les gros plans d’une farandole de mets qui, dévorés en rewind et au ralenti, ressemblent à autant d’excroissances émergeant de la bouche qui les consomme.

La palette chromatique, oscillant entre le rose pâle et le violet sombre, évoque une autopsie saupoudrée de colorants artificiels. Associée à des cadrages serrés, des bruitages exacerbés et un vague penchant pour le burlesque, elle nourrit cette confusion étrange et obscène entre l’extérieur et l’intérieur du corps, dont l’estomac constitue finalement l’interface principale. James s’éloigne ici de l’esthétique austère de Relic pour se rapprocher de l’horreur quasi cartoonesque de The Substance (Coralie Fargeat, 2024), abordant avec une éloquence très formelle la question du rapport à l’alimentation qui préoccupait déjà l’excellent Swallow (Carlo Mirabella-Davis, 2019) ou le plus discret Toxic (Saulė Bliuvaitė, 2024).

L’écriture, cependant, s’éparpille. En s’encombrant de thématiques secondaires soit sous-exploitées, soit superflues, le film semble redouter l’insuffisance de son propre propos, et pour cause : il l’enferme dans un dispositif de hantise métaphorique dont il s’agit, pour triompher, de dresser l’indigeste mode d’emploi. Si, à ce titre, It Follows (David Robert Mitchell, 2015) et Smile (Parker Finn, 2022) ont certainement été influents, c’est finalement la comparaison avec Grave (Julia Ducournau, 2016) qui s’impose, et elle ne joue pas vraiment en faveur du film. Car lorsque les pulsions cannibales qui travaillent Saccharine finissent par se matérialiser, c’est pour réunir, dans une conclusion dont l’audace esthétique ne suffit pas à racheter l’artificialité, des thèmes restés trop longtemps disjoints.

3 juin 2026 en salle | 1h 52min | Epouvante-horreur
De Natalie Erika James | Par Natalie Erika James
Avec Midori Francis, Danielle Macdonald, Madeleine Madden

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