« L’Histoire de From Software » et « L’histoire de Square Enix », deux bibles du jeu vidéo japonais chez Third Editions

Le 19 février dernier paraissaient deux ouvrages consacrés à deux studios/éditeurs mythiques du jeu vidéo japonais : From Software et Square Enix. À leur manière, les deux auteurs, respectivement Victor Moisan – déjà à l’origine d’un livre passionnant sur The Legend of Zelda Ocarina of Time publié chez Façonnage Editions – et Oscar Lemaire – spécialiste « chiffres » du jeu vidéo, créateur du passionnant site Ludostrie dédié aux rouages de l’industrie vidéoludique – reviennent sur l’histoire tumultueuse de ces deux monolithes qui ont connu fortunes diverses, et sont, aujourd’hui, dans des situations opposées.

Dans L’Histoire de From Software, Victor Moisan aborde une structure pseudo-chronologique. S’il suit en partie l’histoire du studio, de ses débuts en tant que créateur de logiciel agricole au milieu des années 80 jusqu’au succès mondial d’Elden Ring en 2022, le plan de son livre prend la forme d’un arbre, figure clef des productions de From Software, des racines (les inspirations issues du jeu de plateau et des premiers dungeon crawlers tels que Wizardry) aux branches fleuries (le tournant Hidetaka Miyazaki et les soulsborne). Le tronc est dédié aux 15 années qui séparent King’s Field, premier jeu sorti sur PlayStation en 1994, de Demon’s Souls en 2009, pendant lesquelles From Software a produit des dizaines et des dizaines de jeu sous le patronage de Naotoshi Zin, plus pragmatique que son génial successeur Miyazaki, aux succès modestes mais qui auront servi de fondements aux Dark Souls et consorts.

L’auteur rappelle que l’identité de From Software est autant à trouver dans son goût pour les expériences arides, intransigeantes et cryptiques (déjà présentes dans la tétralogie King’s Field, mais aussi dans la saga cyberpunk Armored Core, longtemps unique poule aux œufs d’or du studio) que dans le principe d’accumulation et de répétition des méthodes et savoir faire, chaque nouveau jeu devenant un appendice du précédent. Malgré une tendance à la raréfaction des productions, privilégiant la qualité à la quantité – le studio passant de 4 à 5 jeux par an à un jeu tous les deux ou trois ans au tournant des années 2010 – cette méthode continue à être perpétuée. Chaque nouveau soulsborne (contraction de Dark Souls et Bloodborne) est un amalgame des idées de ses prédécesseurs, tout en proposant une expérience différenciée.

Le livre est ponctué d’interviews de lointains collaborateurs du studio ou de certains joueurs, l’histoire de From Software étant indissociable de son rapport à ses communautés de joueurs, d’abord autocréées par le biais de forum, avant de devenir une composante même du gameplay des jeux par le système ingénieux du multijoueur asynchrone. Même si le livre fait l’étalage de chiffres et de faits, il privilégie une approche émotionnelle et esthétique qui rend la lecture plus qu’agréable, et tout bonnement indispensable pour toute personne souhaitant s’intéresser à l’histoire d’un studio de jeu vidéo.

Pour L’Histoire de Square Enix, Oscar Lemaire adopte une structure plus classique, bien que faite de nombreuses digressions, la chronologie du studio bicéphale étant bien plus chaotique que celle de son confrère. L’ouvrage se concentre davantage sur l’histoire de Square, plus documentée, plus un véritable studio à part entière qu’Enix, pilotant historiquement différents projets de jeu en sous-traitance. Oscar Lemaire revient sur la concurrence initiale entre les deux sociétés, cristallisée par la rivalité entre les deux séries phares du JRPG, Final Fantasy et Dragon Quest. Ensuite vient la période dorée de la PlayStation, avant les heures plus sombres de la PS2 et surtout de la PS3, pendant laquelle Square et Enix organiseront leur fusion.

En bon économiste, Oscar Lemaire ponctue son histoire de Square Enix d’histogrammes et autres graphiques, pour un livre orienté chiffres et anecdotes. Entre les nombreuses restructurations, le four de certaines productions, l’acquisition ratée d’Eidos, studio occidental derrière Tomb Raiders, Deux Ex et Hitman, ou encore les départs et arrivées, le livre se transforme en un passionnant soap opera, pas très éloigné de Dynastie – c’est un compliment ! En bref, deux incontournables si vous aimez le jeu vidéo japonais !

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