[CRITIQUE] COGAN – KILLING THEM SOFTLY de Andrew Dominik

Lorsqu’une partie de poker illégale est braquée, c’est tout le monde des bas-fonds de la pègre qui est menacé. Les caïds de la Mafia font appel à Jackie Cogan pour trouver les coupables. Mais entre des commanditaires indécis, des escrocs à la petite semaine, des assassins fatigués et ceux qui ont fomenté le coup, Cogan va avoir du mal à garder le contrôle d’une situation qui dégénère…

Remarqué par Brad Pitt avec son coup d’essai, Chopper, l’Australien Andrew Dominik revient aux Etats-Unis après l’impressionnant L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, sorte de néo-western sublime qui proposait un point de vue différent sur un mythe américain. C’était le film de toutes les révélations : Brad Pitt n’avait jamais paru aussi charismatique au cinéma, Casey Affleck jusque-là transparent s’imposait soudain comme une véritable valeur et Andrew Dominik s’affirmait comme un cinéaste majeur. Dans Killing Them Softly, rebaptisé en France Cogan – La mort en douce, Dominik continue de se présenter comme l’héritier contemporain de Don Siegel et de Richard Brooks en tant qu’observateur avisé de l’Amérique et de son ambiguïté morale. Il tente la même approche de démystification en isolant les figures les plus distinctives du genre pour les grossir et en amplifier les effets. Au tout départ, la formule ne pouvait être que gagnante : Andrew Dominik + Casey Affleck + Brad Pitt = film culte assuré. Sauf que Casey a vraisemblablement été remplacé au dernier moment par Scoot McNairy, un acteur qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, adopte sa posture, s’exprime avec le même timbre de voix et ne reproduit hélas pas les mêmes miracles. Si bien que l’on passe son temps à regretter que les trois artistes n’aient pas réussi à faire concorder leurs emplois du temps. Il faut donc attendre le tueur à gages dans les marécages du capitalisme incarné par Brad Pitt, assez autonome pour être imprévisible, à la différence des autres personnages qui ont chacun des motivations précises déterminant la façon d’opérer. Comme dans L’assassinat de Jesse James, le soin apporté à leur description peut passer pour de la surcharge narrative. Le rythme s’en ressent et il risque de dérouter les spectateurs insensibles au jeu des acteurs qui ont tous ici l’occasion de briller, même les seconds rôles assez substantiels comme James Gandolfini et surtout Ray Liotta qui rejoint sans problème la liste des personnages les plus maltraités au cinéma par leur réalisateur (comme naguère Robert Downey Jr par Oliver Stone dans Tueurs Nés).

La première demi-heure, virtuose, pleine de séquences d’anthologie (le braquage du point de vue des braqueurs), laisse promettre le chef-d’œuvre attendu, tellement attendu au tournant qu’il ne pouvait que frustrer. Par intermittence, Andrew Dominik retrouve les intuitions de génie de son précédent long métrage, à l’aise pour écrire des séquences chargées d’informations purement visuelles. Au-delà de la mise en scène simple et limpide, le scénario parvient à marier la réalité la plus compacte avec le suspense le plus tendu. Mais tout est si mystérieux, tous les personnages sont si louches que très vite on ne sait plus où donner de la suspicion. Dominik prend des risques, n’évite pas toujours les poses de petit malin et parodie déjà son style. Un message se cache sous les oripeaux du polar vaguement parodique, au risque de tomber dans la sous-Tarantinade (une bande-son un peu décalée, l’étirement des séquences et les joutes oratoires), dans le registre post-Fincher un rien dépassé de mode (l’assassinat dans la voiture au ralenti). S’ils peuvent paraître appuyés, les effets visuels et sonores ne sont qu’une façon pour le cinéaste de soumettre à sa propre loi les éléments d’une histoire qui, autrement, ne serait qu’une addition de faits et d’incidents. Mais lorsque Dominik veut raconter l’histoire de l’Amérique, pays en totale déliquescence, contraint d’affronter les lendemains qui déchantent et peuplé de dégénérés qui ne pensent qu’au sexe et au pognon, il martèle et tombe dans tous les écueils du cinéma de dénonciation, en faisant notamment passer une tautologie pour un discours subversif (l’espoir post-Bush fils/Obama est déjà éteint parce que le peuple a la haine). Il répand beaucoup de fumée dans le brouillard pour essayer d’amplifier l’importance d’une intrigue finalement très basique. Surtout, il répète la même histoire de violence que les frères Coen des années plus tôt. A tel point que Cogan – La mort en douce ressemble à une illustration du monologue du sherif joué par Tommy Lee Jones, racontant un rêve à la fin de No Country For Old Men. A l’image du personnage de Brad Pitt qui est un pur produit cynique de son époque, le film est cru et noir à l’inverse de L’assassinat de Jesse James qui était mélancolique, complexe, mystérieux et peut-être plus mature. Sur ce coup, Dominik nous demanderait presque de ne pas prendre cet exercice nihiliste et dépourvu de nuance trop au sérieux et de s’amuser avec lui de la résolution éclair. Tout d’un coup, c’est fini.

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Date de sortie 5 décembre 2012 (1h 37min) De Andrew Dominik Avec Brad Pitt, Scoot McNairy, James Gandolfini Genres Thriller, Policier Nationalité Américain[CRITIQUE] COGAN - KILLING THEM SOFTLY de Andrew Dominik
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