[ONLY THE BRAVE] Ana Kokkinos, 1996

Il n’y avait pas que Jane Campion comme réalisatrice australienne ayant émergé dans les années 90. Il faut aussi mentionner Ana Kokkinos et son Only the Brave, film de tout juste une heure qui tenait aussi bien de la carte de la visite (qui aurait dû ouvrir tant de portes…) que de la proposition ultra-déterminée, sensible au réalisme social, à l’intensité formelle et aux existences marginales.

Dès ses premières images, Kokkinos installe une atmosphère sensorielle très travaillée. Dans l’obscurité, des murmures indistincts évoquent des confidences adolescentes, tandis qu’une lune froide éclaire un groupe de jeunes filles. Réunies autour d’une flamme vacillante elles apparaissent à la fois vulnérables et menaçantes. Le feu, qui pourrait bien être celui de l’énergie adolescente et dans sa capacité à aussi tout consumer, apparaît et le titre surgit alors comme inscrit dans cette lumière incandescente, annonçant une esthétique de la combustion, des corps, des affects et des trajectoires.

Le film suit Alex et Vicki, deux adolescentes issues de milieux ouvriers dans les marges industrielles de Melbourne. Leur quotidien est traversé par la précarité familiale, l’ennui et la violence domestique. Alex (Elena Mandalis) est hantée par l’abandon de sa mère alcoolique. Vicki (Dora Kaskanis), plus dure, évolue dans un foyer marqué par un père froid et abusif. Toutes deux répondent à cet environnement par l’excès : errance, drogues, transgression, incendies. Sydney, qu’elles imaginent comme horizon de fuite, fonctionne moins comme destination réelle que comme projection d’un dehors inaccessible.

À travers elles, Kokkinos propose une représentation cash et trash de l’adolescence féminine, loin des formes édulcorées du cinéma dominant. Les personnages s’inscrivent partiellement dans des archétypes connus (la studieuse sensible, la rebelle) mais le film s’attache précisément à les déborder, leur amitié particulière étant traversée par une intensité affective et une ambiguïté constamment suggérée. La mise en scène en souligne la charge émotionnelle par des cadrages serrés, des regards insistants et des gestes suspendus. Ce qui distingue profondément Only the Brave et qui mérite qu’on le redécouvre des années après, c’est sa capacité à articuler enjeux sociaux (classe, genre, ethnicité, sexualité) sans jamais réduire ses personnages à des catégories. C’est précisément dans cette tension que réside sa force : faire de la marge non pas un simple vulgaire et bien pratique décor social, mais bel et bien une expérience vécue, sensible, accessible aux spectateurs.

8 janvier 1997 en salle | 1h 00min | Comédie dramatique
De Ana Kokkinos
Avec Elena Mandalis, Dora Kaskanis, Maude Davey

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