« Chainsaws were singing » de Sander Maran sur Shadowz : un film de 2h sur un cannibale à la tronçonneuse où tout le monde chante

Sander Maran a tourné Chainsaws Were Singing en mode guérilla en 2013, dans les forêts estoniennes, avec ses potes, sans budget vraiment identifiable. Il a ensuite passé dix ans en post-production. Dix ans. Pour un film de deux heures sur un cannibale à la tronçonneuse qui kidnappe une fille pendant qu’un type tente de se suicider, et où tout le monde chante ! Ce niveau d’engagement pour une cause aussi noble mérite au minimum le respect, et au mieux une entrée au Panthéon du cinéma mondial.

Le film se présente lui-même comme « Monty Python rencontre Massacre à la tronçonneuse qui rencontre Les Misérables ». C’est à la fois une promesse marketing et un avertissement clinique. Tom rencontre Maria au pire moment de sa vie : elle vient de perdre ses parents, son chien, se fait racketter et se prend une raclée, le tout dans une logique de comédie slapstick qui assume totalement son absurdité. Ils tombent amoureux en trente secondes. Puis Killer arrive avec sa tronçonneuse et kidnappe Maria pour la ramener à sa joyeuse famille de cannibales hillbillies. Tom part à sa rescousse. Entre les deux : des numéros musicaux, un lavement à la tronçonneuse, un culte d’ermites forestiers qui sacrifie des inconnus à un dieu vivant dans un mini-frigo, et un homme dont les testicules sont réintroduits dans ses orbites vidées. On reste dans la grande tradition du cinéma populaire européen.

Maran est à lui seul réalisateur, scénariste, compositeur, directeur de la photographie, monteur, sound designer, artiste VFX et coloriste. Ce n’est pas de l’indépendance, c’est de la monomanie ; la même qui animait Peter Jackson sur Bad Taste ou Braindead avant qu’Hollywood ne lui offre des elfes en CGI. Le résultat ressemble exactement à ce qu’on attendrait de dix ans de post-production sur un film guérilla tourné entre amis dans une forêt : inégal, décousu, parfois laborieux, souvent hilarant, toujours animé d’une énergie qui fait honte à la moitié des productions à cent millions de dollars sorties la même année.

Le film a tourné dans une centaine de festivals : Fantasia, Sitges, Fantastic Fest, et même le BIFFF à Bruxelles. Il a remporté un peu partout des prix du public et des jurys de minuit, ce qui est sans doute la seule forme de reconnaissance qui compte pour ce genre de cinéma. The Rocky Horror Picture Show est né de la même façon : trop bizarre pour les circuits normaux, trop vivant pour mourir. Chainsaws Were Singing n’est pas le Citizen Kane de la stupidité gore ; l’expression est trop flatteuse. C’est mieux que ça. C’est exactement ce qu’il prétend être, sans s’excuser de rien.

1h 57min | Comédie, Epouvante-horreur, Musical
De Sander Maran | Par Sander Maran
Avec Karl Ilves, Laura Niils, Martin Ruus
Titre original Mootorsaed laulsid

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