On le savait déjà, Claire Denis sera à l’honneur de cette 58ᵉ édition de la Quinzaine des cinéastes. Elle y recevra le Carrosse d’or. Mais elle ne sera pas la seule réalisatrice française à recevoir un prix, puisque Alice Winocour, qui vient de sortir Coutures en février, succèdera à Thomas Cailley pour le Prix Alpine, qui vient récompenser de jeunes cinéastes audacieux. Concernant le programme des longs-métrages, la sélection ne déroge pas à l’habitude prise depuis l’intronisation de Julien Relj à la tête de la Quinzaine : beaucoup de premiers films, de la place pour de grands cinéastes (du présent et du passé) et du cinéma sous toutes ses couleurs (documentaire, animation, fiction et formes hybrides).
On l’attendait en compétition, il fera finalement l’objet d’une prestigieuse ouverture pour la 58ᵉ édition de la Quinzaine des Cinéastes. Kantemir Balagov viendra présenter son tant attendu 3ᵉ long-métrage Butterfly Jam sur la communauté tcherkesse à New York avec Barry Keoghan, Harry Melling, Riley Keough et Monica Bellucci. À l’autre bout de la sélection, un autre cinéaste acclamé, Quentin Dupieux, déjà présent en Séance de Minuit (Full Phil), cette fois avec un projet surprise, Le Vertige. L’ex-Monsieur Oizo nous fait presque une Hong Sang-soo 2017, l’année où le Sud-Coréen était venu présenter Le Jour d’après en compétition et La Caméra de Claire en Séances Spéciales. Le Vertige est le premier film d’animation de Quentin Dupieux, avec les voix et la présence (en motion capture) d’Alain Chabat, Jonathan Cohen et Anaïs Demoustier.
D’autres cinéastes confirmés répondent présents, dont les attendus Radu Jude, pour sa grande première à Cannes pour un long-métrage avec avec son adaptation très libre de Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau, tourné entre la Roumanie et la France, et Lisandro Alonso, qui revient avec Double Freedom, un exercice cinématographique en forme de remake (ou suite) de son premier long-métrage La Libertad, pour lequel le cinéaste est parti refilmer Misael, son protagoniste, 25 ans après. L’occasion d’une méditation sur l’état des libertés en Argentine en 2026.
On gardera un œil sur les nouveaux films de Clio Barnard (I See Buildings Fall Like Lightning), devenue un des visages qui comptent du nouveau cinéma britannique avec Andrea Arnold, et de Sébastien Laudenbach (Carmen, l’oiseau rebelle), qui a réalisé un deuxième long-métrage d’animation en solo après la parenthèse Linda veut du poulet (co-réalisé avec Chiara Malta, Cristal du long-métrage à Annecy en 2023). Attendue ailleurs, July Jung représentera finalement la Corée du Sud à la Quinzaine avec Dora, son troisième film inspiré du cas Dora qui a ébranlé la pensée freudienne, ici transposée au pays du matin calme. Bonne pioche.
Grande surprise, Alain Cavalier viendra présenter ce qui est annoncé comme son ultime film, au titre ô combien évocateur, Merci d’être venu, nouveau home movie en guise de réflexion sur le cinéma, la trace et la mort. Plus fort encore, on pourra carrément voir cette année à la Quinzaine le film d’un cinéaste décédé il y a plus de dix ans, le réalisateur afro-américain William Greaves. Il ressuscite par le biais de son fils David Greaves, qui a monté les images filmées par son père et lui-même lors d’une fête à Harlem en 1972 où se réunissaient les grandes figures du fameux quartier new-yorkais. Présenté à Sundance plus tôt dans l’année, Once Upon a Time in Harlem est précédé d’une très bonne réputation.
La 58ᵉ édition de la Quinzaine des cinéastes fait la part belle aux premiers, seconds et troisièmes films de cinéastes. En sus de Balagov, Laudenbach et July Jung, c’est pas moins de 10 films de cette catégorie qui peuplent la sélection. Un choix crucial de la part de Julien Relj et de ses équipes qui remarquent la recrudescence de premiers films et la diminution des deuxièmes et troisièmes, graal de plus en plus inaccessibles pour les jeunes cinéastes. Parmi eux, notamment Shana de Lila Pinell, tourné presque 10 ans après Kiss & Cry et 5 ans après son moyen-métrage Le Roi David, remarqué au Festival de Clermont-Ferrand et Prix Jean Vigo 2021. On suivra avec intérêt les premiers longs-métrages français de Sarah Arnold (L’Espèce explosive, virée dans le genre) et Maxence Voiseux (le documentaire Gabin). Pas de grand nom du cinéma d’animation japonais, mais la présence tout de même d’un premier long-métrage du genre, We are aliens de Kodei Kadowaki. Pour conclure la sélection asiatique de la Quinzaine, un premier film à suivre, 9 Temples to Heaven de Sompot Chidgasornpongse, ancien assistant d’Apichatpong Weerasethakul.
L’Amérique n’est pas en reste, que ce soit au sud ou au nord. Les troisièmes films du Vénézuélien Jorge Thielen Armand (Death has no master) et de la Chilienne Dominga Sotomayor (La Perra) serviront de contrepoint aux premiers pas de l’Américain Reed Van Dyk avec L’Apaisement, où l’on retrouve au casting notamment Kenneth Brannagh.
Enfin, rayon promesses, on peut attendre beaucoup du deuxième film des deux frères nigérians Arie et Chuko Esiri, Clarissa, une autre adaptation libre, cette fois de Mrs Dalloway de Virginia Woolf, déjà acquise par l’ogre Neon. De même, le Norvégien Eivind Landsvik, passé par la compétition court-métrage de la Sélection officielle, est attendu (c’est un comble vu le titre) avec Low Expectations, pour donner des (bonnes ?) nouvelles d’un cinéma local en forme (Dag Johan Haugerud, Joachim Trier,…).
La sélection longs métrages :
BUTTERFLY JAM de Kantemir Balagov – film d’ouverture
9 TEMPLES TO HEAVEN de Sompot Chidgasornpongse – premier long métrage
L’APAISEMENT (Atonement) de Reed Van Dyk – premier long métrage
CARMEN, L’OISEAU REBELLE (Viva Carmen) de Sébastien Laudenbach – animation
CLARISSA de Arie Esiri & Chuko Esiri
DEATH HAS NO MASTER (La muerte no tiene dueño) de Jorge Thielen Armand
DORA de July Jung
DOUBLE FREEDOM (La libertad doble) de Lisandro Alonso
L’ESPÈCE EXPLOSIVE (Too Many Beasts) de Sarah Arnold – premier long métrage
GABIN de Maxence Voiseux – documentaire – premier long métrage
I SEE BUILDINGS FALL LIKE LIGHTNING de Clio Barnard
LE JOURNAL D’UNE FEMME DE CHAMBRE (The Diary of a Chambermaid) de Radu Jude
LOW EXPECTATIONS (Lave Forventninger) de Eivind Landsvik – premier long métrage
MERCI D’ÊTRE VENU (Thanks for Coming) de Alain Cavalier – documentaire
ONCE UPON A TIME IN HARLEM de William Greaves & David Greaves – documentaire
LA PERRA de Dominga Sotomayor
SHANA de Lila Pinell
WE ARE ALIENS de Kohei Kadowaki – animation – premier long métrage
LE VERTIGE (Vertiginous) de Quentin Dupieux – animation – film de clôture
La sélection courts et moyens métrages :
À LA RECHERCHE DE L’OISEAU GRIS AUX RAYURES VERTES
(In Search of the Grey Bird with Green Stripes) de Saïd Hamich Benlarbi – documentaire
DAUGHTERS OF THE LATE COLONEL de Elizabeth Hobbs – animation
MADRUGADA de Sebastián Lojo
ERI de Yano Honami – animation
FREE ELIZA (NOTES ON AN ANATOMICAL IMPERFECTION) de Alexandra Matheou
THE JOYLESS ECONOMY de Marjorie Conrad – documentaire
NOTHING HAPPENS AFTER YOUR ABSENCE (َ ﻚِﺑﺎﻴﻏ َ ﺪﻌﺑ ُ ثﺪﺤﻳ َ ءﻲﺷ ﻻ) de Ibrahim Omar
OH BOYS de Antonio Donato
PITHEAD de Wannes Vanspauwen & Pol De Plecke



