Avec son synopsis spooky, et avec en tête d’affiche l’acteur de la série Severance, Hokum intrigue. Il semble que le réalisateur irlandais Damian McCarthy, issu du cinéma d’horreur indé connu pour sa patine bricolo-horrifique (avant d’être réalisateur, McCarthy était électricien), pousse encore d’un cran son cinéma. D’autant qu’ici, la production est internationale (trois sociétés de coproduction, dont Neon, se partagent le film). S’il reste dans les rails concernant ses thématiques (soyons chichiteux), sa nouvelle œuvre est bien à la hauteur des attentes.
On y suit le périple de Ohm (Adam Scott), un écrivain américain, lunettes vissées, hautain et pas marrant pour un sou, parti en Irlande pour se reconnecter à son passé. Il séjourne dans un hôtel du coin, au charme cottage et un brin miteux, mais surtout entouré de sorcellerie quand ce n’est pas de racontars funestes. Lorsqu’une des employées disparaît du jour au lendemain (motus, nous ne vous en dirons pas plus), notre héros débute son enquête, la menant de caches secrètes en souterrains…
On vous l’accorde, le pitch sonne classique. Ce qui était déjà le cas des précédents longs-métrages du metteur en scène, dont le premier opus, Caveat, malgré certaines images fortes, reposait sur une intrigue inutilement tortueuse, dans le huis clos insulaire d’une maisonnette hantée. Avec Oddity pourtant, un thriller angoissant et inattendu autour d’une femme médium, une originalité se dessinait, misant sur un effroi lent (on ne se remet pas de ce mannequin de bois !) et une narration dépouillée, ponctuée de twists.
Dès les premières séquences de Hokum, nous retrouvons ce qui faisait le charme de son précédent opus : un personnage archétypal de l’horreur revisité (le romancier torturé), des flashs sous forme d’hantises, un goût pour le folklore local… et des imageries fétiches. Si le loft campagnard de son opus précédent est ici remplacé par un hôtel bien chiche de terroir, le réalisateur nous plonge là encore dans un espace dont on ne sort pas indemne, et dont la nature est double. Les plans fixes posent le cadre, l’enracinent, d’autant qu’ici le format d’image (1,85) est ambivalent, à la fois large et immersif, nous enfermant dans un lieu étouffant, noyé de pénombre. Les premières visions et apparitions surnaturelles qui en naissent apportent cette perméabilité trouble, ce glissement au sein de ce cadre figé.
Si la consonance sonne folklorique, le mot « hokum » est bien anglais, issu de l’argot, et évoque quelque chose de bidon, d’artificiel, de trompeur. Cela peut renvoyer à la vitrine que représente l’auberge, cachant dans ses fondations une dimension froide et effrayante. L’irruption dans le récit d’une chambre nuptiale décrépite (on saluera la direction artistique poussiéreuse, et un brin morbide, revisitant avec brio le manoir hanté) en constitue le turning point… Si, au début, le film ne semble pas savoir sur quel pied danser en termes de dynamiques horrifiques (les jumpscares, bien qu’efficaces, sont un peu systématiques, surtout avec le volume à fond), dès lors que cette unité de lieu est posée, un véritable effroi se diffuse, lentement mais sûrement. Les visions lentes surgissant des ténèbres se révèlent sources d’épouvante, à mesure que notre héros, lunettes embuées et sang-froid à rude épreuve, tente de survivre. Monte-charge, boutons, trappes… le film n’est jamais aussi prenant qu’une fois son ride d’escape game déployé, révélant un espace plein de mécanismes dont on ne cesse de trifouiller les rouages pour ne pas tourner en rond ou devenir fou.
Une suite hôtelière aux allures de cachot, dont l’apprivoisement insidieux se double également d’un enfer mental, à mesure que l’écrivain, affrontant le secret de l’auberge, se confronte à sa propre part d’ombre. Le trauma personnel, on le sait, est un ressort éculé des productions d’épouvante. Si l’on regrette que cette sous-trame semble flotter dans le fil rouge narratif, déjà très chargé en thématiques et en imageries (masque de lapin, cercles de protection, bouc), cet aspect est pourtant la clé d’accès, la véritable intimité fissurant la poker face du héros. Néanmoins, rappelez-vous du sens du titre. La supercherie ici, les ficelles, sont aussi celles d’un masque : celui de notre héros, bloqué dans sa vie tant que d’anciennes problématiques (des portes) n’auront pas été refermées. L’introduction du film et son épilogue l’illustrent à travers une parenthèse désertique fictive et méta, pour raconter l’impasse intime, et comment en sortir.
29 avril 2026 en salle | 1h 41min | Epouvante-horreurDe Damian McCarthy | Par Damian McCarthy Avec Adam Scott, David Wilmot, Austin Amelio |
29 avril 2026 en salle | 1h 41min | Epouvante-horreur


