Il faut du courage, et sans doute une quantité astronomique d’alcool, pour s’asseoir et regarder Extra Terrestrian: Die Außerirdische en sachant à peu près ce qu’on va trouver. Réalisé par le duo conjugal Siggi et Ildikó Enting dans les décombres de la production porno allemande post-chute du mur, le film répond à une question que personne n’aurait dû poser : et si E.T. était une femme, venait de la planète Utérus, et passait son séjour sur Terre à observer des aristocrates victoriens se sodomiser ? La réponse est, comme on pouvait s’y attendre : exactement ce que vous imaginez, mais pire.
Le costume mérite qu’on s’y arrête, car il constitue l’unique prouesse technique du film. Quelqu’un — un artisan maudit, un génie déviant, un être que ses proches ont probablement cessé d’inviter à Noël — a conçu une combinaison intégrale qui reproduit fidèlement la silhouette caoutchouteuse d’E.T., avec ses yeux fixes et sa bouche perpétuellement entrouverte, tout en permettant à l’actrice dissimulée dedans de participer à l’intégralité des ébats. Le résultat ressemble, selon la formulation la plus charitable disponible, à un cadavre calciné repêché au fond d’un lac pollué. C’est sophistiqué dans sa conception et abyssal dans son effet. À l’écran, cette chose cesse immédiatement d’être érotique pour devenir une sorte d’expérience de mort imminente.
Le scénario, dans sa version allemande originale — avant que des sous-titres espagnols entièrement inventés ne créent une deuxième œuvre parallèle aussi bizarre que la première —, a une cohérence interne qu’on ne lui attendait pas. L’extraterrestre est envoyé par son père depuis la planète Utérus sur Terre pour y apprendre le sexe et ramener ses connaissances à une espèce mourante parce qu’elle a renoncé au plaisir physique. C’est peut-être, à bien y réfléchir, le seul film des années 90 à proposer une philosophie du désir cohérente avec les thèses d’Épicure. Personne ne l’a remarqué.
L’ère victorienne telle que reconstituée ici (une villa espagnole des années 90, des costumes à crinoline qu’on ne retire jamais complètement), tient davantage du bricolage que de la reconstitution. Un noble y débite des répliques du genre « je suis dégoûté mais honoré que cet être venu d’ailleurs veuille apprendre nos coutumes sexuelles ». Le tout constitue un document d’anthropologie de la misère de production qui dépasse en intérêt tout ce que le film prétend montrer par ailleurs.
La question qui reste, et qu’aucune des deux versions ne tranche, est la suivante : Extra Terrestrian est-il un film porno raté avec une prétention conceptuelle, ou un film conceptuel utilisant des moyens pornographiques ? Au fond, la réponse importe peu. Spielberg, lui, n’a jamais poursuivi les réalisateurs en justice. Soit il n’a pas vu le film. Soit il l’a vu et n’a pas survécu à ses propres avocats lui montrant les images au tribunal. Dans les deux cas, on le comprend.
Réalisation : Siggi Enting, Ildikó EntingerScénario : Siggi Enting, Ildikó Entinger Avec : Mary Millman, Fabien Barone, Attila Schuszter |
Réalisation : Siggi Enting, Ildikó Entinger


