[HOLLYWOOD 90028] Christina Hornisher, 1973

Au rayon des actes manqués et des carrières enterrées, on demande Christina Hornisher : après maintes expérimentations et quelques courts à l’école de cinéma d’UCLA durant les années 1960, c’est le plongeon. Hollywood 90028, son premier et dernier long, a tout du film d’auteur déguisé en film d’exploitation. Ou d’un faux film d’exploitation dissimulant un grand film d’auteur. La mixture passera mal : on remonte le film, le rebaptise pour essayer de le vendre comme ce qu’il n’est pas. Puis il disparaît. Englouti. Perdu. Hornisher ne réalisera plus. Vers la fin des années 2000, bien après la mort de la cinéaste, quelques malins exhument le film perdu dans un de ses douteux remontages : il faudra attendre 2024 pour qu’il soit enfin restauré, salué au passage par une poignée de cinéastes tels que Sean Baker ou Arkasha Stevenson. Et comme ils ont raison…

Une nuit à Los Angeles. Dans le silence des néons, un homme erre, s’arrête, boit un coup. Et rencontre une jolie hippie, qu’il ramène bien sûr dans son lit. Quelques joints plus loin, les corps s’étreignent : lui se déshabille à peine, alors qu’elle se retrouve en tenue d’Eve. Derrière le bon vieux cliché du « male gaze » (l’homme habillé versus la femme exposée), c’est justement le contraste entre la peau nue de la jeune femme et les vêtements en jean, qu’on imagine rêches et réconfortants, de l’homme qui éveille les sens. Mais bientôt, les mains douces et fortes se mettent à entourer le cou de la jeune femme pour ne plus lâcher… Tueur à ses heures perdues, Mark tourne des loops pornographiques pour gagner sa vie, en compagnie d’un associé adipeux et désagréable. Il aimerait bien sûr tourner autre chose, pousser la porte du grand Hollywood. Il se contente de le hanter et de tuer les apprenties starlettes qu’il croise sur son chemin. Et puis un jour, c’est une comédienne, rencontrée sur un de ses tournages sordides, qui lui ôte ses pulsions de mort. Mais jusqu’à quand ?

Certains pourraient s’amuser à y voir un prémisse de Sombre, mais avec le soleil qui aurait effacé les ténèbres de Philippe Grandrieux. Hornisher, avec un sens délicieux de la contradiction, signe au contraire une œuvre vaporeuse et scandaleusement douce, où son anti-héros semble se délester de l’aura d’effroi attendue, condamné comme un loup-garou d’un autre temps. On nous conte aussi le passage d’un Hollywood à un autre, avec ses baraques coquettes qui laisseront bientôt place à des buildings voraces et des studios maousses. On y scrute les petites gens, perdus dans une industrie qu’ils ne maîtrisent pas, le combiné au bout des lèvres, galérant au gré du vent. Guidé par le score d’un Basil Poledouris débutant, Hollywood 90028 est un film où la mélancolie colle à la semelle comme un chewing-gum (« – Do you live alone ? – Everybody lives alone… »), envoyant au diable tout ce qui pourrait en faire une œuvre racoleuse, alors que le sexe et la violence sont bien au cœur du récit. Cette fausse délicatesse ne prépare évidemment en rien à son plan final démentiel et bouleversant. Du genre qu’on n’oublie jamais.

Film de Christina Hornisher · 1 h 30 min · 26 août 1976 (États-Unis)
Genres : Drame, Épouvante-Horreur
Pays d’origine : États-Unis

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