Révélé il y a dix ans avec « La Cité de Dieu », Fernando Meirelles, qui n’a jamais reproduit le miracle de son coup d’essai (« The Constant Gardener », « Blindness ») signe avec « 360 » son film le plus dense. Sur ce coup, il illustre une structure narrative kaléidoscopique et tente de moderniser le principe de « La ronde » d’Arthur Schnitzler, déjà célébré au cinéma par Ophüls : chaque partie possède comme dénominateurs communs le sexe, le désir, la tentation et l’adultère. C’est aussi son film le plus faible. Peut-être parce que Mereilles ne maîtrise absolument pas un élément crucial : l’érotisme. Le destin favorise des connexions entre des personnages qui n’ont a priori rien à voir : cela commence avec deux sœurs venues des pays de l’est et ça se poursuit de Jude Law à Jamel Debbouze, de Rachel Weisz en passant par Anthony Hopkins et Ben Foster. Malgré la distance, ils sont liés.
A l’évidence, une composition aussi déterminée du chaos ne peut s’organiser sans un travail considérable. Seulement, cette fresque polyphonique scénarisée par Peter Morgan paraît terriblement artificielle dans sa construction et permet à des personnages déjà caricaturaux, conformément décrits selon les clichés inhérents à chaque nationalité, d’expier des fautes sexuelles ou morales. C’est un réseau symbolique et puritain dans lequel tous les caractères sont pris. L’aspect melting-pot aimerait lorgner vers l’humanisme du cinéma d’Alejandro Gonzales Inarritu (« Babel ») mais faute de créer une réelle interaction, il cède constamment à la démonstration et bride l’émotion. Si « 360 » vaut le coup d’œil, c’est à la rigueur pour ses qualités techniques (la fluidité du montage, notamment) même si elles finissent par se retourner contre le film.

