[S.A.D.E.. / POPPERS] José María Castellví, 1984

Photographe de stars, José María Castellví avait voulu frapper un grand coup avec son Poppers (aka S.A.D.E. chez nous : pourquoi pas, hein), qui tient plus de la curiosité bariolée que de la franche réussite. Dans un cinéma espagnol en pleine mutation, qui va commencer à délaisser le cinéma d’exploitation, le film fera flop. Question présentation, accrochez-vous : Santos, un chanteur rock, bute un pote par jalousie et se retrouve fissa derrière les barreaux. En sortant, il erre dans les nightclubs, cherchant ses anciens amis : il ne trouvera rien, sinon un homme mystérieux lui collant aux basques, lui proposant une entrevue des plus spéciales. Poussé dans les bras d’une prostituée le temps d’une folle nuit, le garçon retrouve au petit matin une congrégation de vieux messieurs riches, le laissant face au deal de la mort : soit il est supprimé sans sommation, soit il accepte d’être le gibier d’une chasse à l’homme impitoyable. S’il en réchappe, une coquette somme en diamants lui sera remise. Tout va bien, vous êtes encore là ?!

Il serait tentant de vous vendre Poppers comme un Comte Zaroff corrompu par la vulgarité d’un Dario Argento : d’ailleurs, la somptueuse Giannina Facio, future épouse de Ridley Scott (!!), rappelle parfois la sulfureuse Eva Robins (la méchante aux talons rouges de Ténèbres) dans des apparitions glamour à mort. Il faut la voir claquer du fouet au milieu de skinheads encagés comme des animaux ou jouir comme si demain n’existait pas à bord d’une décapotable. C’est d’ailleurs dans ses moments les plus urbains que Poppers trouve le meilleur de lui-même : Castellví peinturlure les rues de couleurs irréelles, du lampadaire vert aux phares roses, dans des palaces abandonnés ou des châteaux bizarro, enchaînant les scènes de club décadentes (soirées punk, new wave ou boîte gay) comme si lui, la vieille baderne, avait si bien compris le nouveau souffle qui traversait l’Espagne à ce moment-là. Un certain vent fou nommé Movida.

Sans surprise, les grands méchants sont des bourgeois à la Salò, dignes représentants de l’Espagne franquiste, qui se feront évidemment prendre à leur propre piège. Côté action, Poppers a la main leste. Sa partie survival se prend un peu les pieds dans le tapis ; sa partie vengeance, bien que piquante (gorge arrachée à pleines dents, mains tranchées au couteau électrique, égorgement en partouze…), témoigne des hésitations de son cinéaste débutant. Son héros est capturé à chaque plan comme la dixième merveille du monde, car oui, on devine que Castellví se fait plaisir, même s’il punit les « vieilles folles » à coups de couteau. Une autre époque, dira-t-on. À la toute fin, le couple de héros a accompli sa vengeance et s’en trouve ravi, prêt à croquer le monde en quête de poppers (le titre, rappelez-vous, bon sang) : non sans amusement, il en ressort l’impression de voir du Gregg Araki à l’envers, où la génération post-Franco, délivrée du passé, se retrouve plus « free » que « doom ».

Titre d’origine : Poppers
Pays : Espagne
Un film de José María Castellví
Avec Manuel de Blas, Giannina Facio, Agustín González, Miguel Ortiz…

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