Difficile de départager Resident Evil et Resident Evil 4. Si le premier épisode est le survival horror parfait, le quatrième en est la relecture moderne la plus aboutie. Tout commence au moment où la série est en plein questionnement identitaire. Plus que tout autre épisode, Resident Evil 4 a fait l’objet de refontes, et a connu quatre moutures différentes (dont un jeu dans un cadre gothique par Hideki Kamiya, qui deviendra Devil May Cry, et un jeu d’horreur paranormale, jugé trop effrayant et trop éloigné de Resident Evil). Mikami, qui s’est résolu à réaliser lui-même le jeu, a subi d’énormes pressions de la part de Capcom qui menaçait d’enterrer la série pour de bon en cas d’échecs. En résulte un jeu aux antipodes des cinq épisodes précédents, optant pour une vue à la troisième personne, un équilibrage action/horreur plus marqué et un nouveau cadre de jeu, l’Espagne rurale, avec de nouveaux infectés, plus intelligents et plus dangereux, doués de paroles et capables de brandir des armes.
Resident Evil 4 marque à jamais l’histoire du jeu vidéo, et notamment du TPS, en posant les bases de ce que deviendront ensuite des séries comme Gears of War ou Uncharted. Si la peur est au second plan, l’horreur, elle, explose à la figure du joueur dès les premiers instants du jeu. Leon S. Kennedy, passé de la police de Racoon City à la sécurité du gouvernement américain, débarque dans une bourgade perdue à la recherche d’Ashley Graham, fille du président des Etats-Unis d’Amérique. Sa première rencontre avec les autochtones vire au cauchemar quand tout un village se met à le pourchasser armé de fourches et de tronçonneuses. Un séquence mémorable qui en appelle d’autres : un combat dans un lac avec une créature marine, le siège d’une maison où Léon a trouvé refuge, les couloirs et sous-sol d’un château décrépi ou encore une base militaire située sur une île où des expériences sont menées sur des créatures devenues invincibles.
Avec Leon, Ada (Wong) et Luis (Serra), le jeu prend une tournure encore plus bavarde et cinématographique. On ne dépasse certes jamais le cadre de la bonne série B (avec notamment les diatribes devenues cultes de Leon, blagueur aussi incisif que ses kicks), mais l’aventure multiplie avec brio les situations variées, sans jamais ennuyer ni en faire trop. Un équilibre qui n’a plus jamais été atteint par la suite. Le remake a d’ailleurs prouvé à quel point le Resident Evil 4 original était parfait. Direction artistique plus reluisante, confort de jeu amélioré, segments augmentés. Des choix d’optimisation adaptés à une expérience moderne qui se justifient mais qui ne renouent pas avec l’horreur(ultime) originelle.



