Passé par la Berlinale 2025 mais resté relativement discret, La Gifle arrive pourtant avec un certain grincement. Ce second long-métrage de l’Allemand Frédéric Hambalek se propose de passer au peigne fin le couple en apparence parfait de Julia et Tobias, dont le vernis s’écaille lorsque leur fille Marielle se voit soudain affublée de pouvoirs télépathiques.
Capable d’observer chacun de leurs faits et gestes, la jeune fille ouvre alors sur une prémisse saillante, théoriquement passionnante, mais rarement très incarnée. Le plan d’ouverture de La Gifle fait montre d’une esthétisation intrigante au service d’une violence froide qui fera toute sa matière. La séquence qui le suit avoue alors clairement où nous avons mis les pieds, capturant une discussion entre collègues depuis un point de vue surplombant, en simili caméra de surveillance, avant de dialoguer avec une caméra épaule sociale, à hauteur d’humain.e.
La froideur est ici de mise, rarement étrangère aux angles glaciaux d’un certain Yorgos Lanthimos, quoiqu’intelligemment poussée dans une exploration de la figure du fantôme, de l’observateur invisible, et de fait perturbante. Peu aidé par une photographie davantage grisonnante qu’expressément froide, ni par une musique pompière, Frédéric Hambalek peine finalement à extraire ce minimalisme de la platitude. Le théorique engloutit malheureusement souvent l’organique, même dans sa plus froide cruauté. Rares sont alors les instants où la mise en scène, dans le mouvement comme dans le jeu, semble dépasser le récit écrit sur papier. Celui-ci se montre pourtant particulièrement malin dans l’approche grave, voire réaliste, de son concept. Fondé sur une caractérisation volontairement programmatique, triviale au possible, ce petit jeu passionne immédiatement par ses possibilités caustiques, que l’on regrette de voir abordées selon un déroulé très sage, théorique.
Davantage qu’un manque de choix dans sa voie, c’est finalement par la trop grande retenue avec laquelle il déploie la violence de ses prémisses que le long-métrage frustre. Ressortent quelques pointes comiques savamment acides, malheureusement éparpillées en gouttelettes dans un récit intéressant, mais trop inoffensif. En écartant assez largement son personnage adolescent, la jeune Marielle, La Gifle frustre émotionnellement et perd un point d’accroche pourtant solide. C’est néanmoins sans doute dans cet angle mort, ce grain dans les rouages d’un couple faussement modèle, véritablement aveugle à son enfant, que le film trouve son cœur, aussi ténu soit-il.
Dans toute l’ambivalence qu’est son visionnage, entre richesse intellectuelle et incarnation lassante, La Gifle se résume finalement dès sa première séquence. Julia, la mère de famille, commet un adultère avec son collègue. Pourtant, tout passe par des mots : la relation n’est jamais physique, concrète, mais seulement faite de descriptions crues des actes envisagés. Le programme est ainsi donné dans toute sa causticité, qui ne sera jamais plus incarnée que théorique. Le rapport aux apparences initialement promis en devient très confus, voire relativiste, tant on ne sait finalement si l’honnêteté totale est ici une arme destructrice ou une solution timorée dans sa mise en image.
On se réfugie alors du côté du potentiel sous-texte du long-métrage, portant sur le traumatisme (ou du moins le trouble) adolescent, pour trouver de la viscéralité. Là se trouve, à nouveau dans un angle mort, écartée d’un regard parental irresponsable, la vraie violence larvée. Consciemment ou non, le film incarne, par sa retenue, la violente omerta au cœur de son arène, par essence insaisissable. Les choses ne bougent pas, la violence subsiste.
18 mars 2026 en salle | 1h 26min | ComédieDe Frédéric Hambalek | Par Frédéric Hambalek Avec Laeni Geiseler, Julia Jentsch, Felix Kramer Titre original Was Marielle weiß |
18 mars 2026 en salle | 1h 26min | Comédie

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