À l’approche d’un match de boxe particulièrement attendu dans Christy, il est question de la présence parmi les VIP attendus de Hilary Swank, comme un clin d’œil à Million Dollar Baby de Clint Eastwood, auquel il est difficile de ne pas penser. Les deux films ont en commun d’être plus que des films sur la boxe féminine. Mais à la différence d’Eastwood, qui a adapté un roman, David Michôd s’est inspiré de l’histoire vraie de Christy Martin, dont il suit deux trajectoires distinctes : celle classique de l’ascension d’une championne qui a donné ses lettres de noblesse à la boxe féminine au tournant des années 2000, et une autre, beaucoup plus sombre et complexe, d’une femme à la fois dépossédée de son identité sexuelle et victime de violence conjugale.
Issue d’une famille de mineurs en Virginie-Occidentale, Christy se fait remarquer au collège par son énergie rageuse probablement alimentée par la frustration. Sa liaison avec une autre fille soulève l’hostilité de son entourage, et un jour, pendant un match de basket, elle frappe une joueuse qui l’avait insultée ; ce qui lui vaut, en plus d’un rappel à l’ordre, la suggestion par son prof de gym d’essayer la boxe, pour laquelle elle se révèle exceptionnellement douée. De fil en aiguille, elle atterrit chez Jim Martin, un entraîneur qui va la mettre sur la voie du succès, et aussi l’épouser. Elle a 22 ans, lui en a 47.
C’est manifestement un mariage de raison, dont David Michôd, spécialiste de la violence à combustion lente, montre les effets contrastés. Ils sont à première vue positifs, puisque l’entraîneur déploie ses compétences pour faire gagner Christy, depuis la préparation technique à l’inscription aux matches, et jusqu’au contact avec le promoteur Don King qui ouvrira les portes de Las Vegas. Le coaching passe aussi par l’image : Jim habille Christy en rose et lui fait pousser les cheveux parce que, dit-il, « le public ne veut pas d’une butch sur le ring ». C’est là où pointe la nature profondément perverse de Martin : homophobe, jaloux et manipulateur, il menace de tuer Christy si elle le quitte ou le trompe avec une fille. Ce n’est que la partie la moins sordide d’une domination qui s’exprimera sous des formes variées.
Dans le rôle de l’entraîneur, Ben Foster est méconnaissable avec son bide et sa coiffure révoltante. Il y ajoute un regard torve et des expressions faciales qui expriment une laideur intérieure vertigineuse. Derrière son apparence molle et passive, il projette un potentiel de menace malsaine qui ne manquera pas de se concrétiser. David Michôd avait fortement impressionné dans Animal Kingdom et The Rover par sa capacité à retenir les forces du mal avant de les libérer avec intensité, et c’est encore le cas ici, dans une dernière partie qui laisse exploser la pression accumulée. On y voit la mère de Christy prendre fait et cause pour l’entraîneur infect. Il est à noter que Michôd prend bien garde de ne stigmatiser personne, considérant que l’ignominie des personnages se suffit à elle-même sans qu’il y ait besoin de leur ajouter des justifications idéologiques ou religieuses. Parfois, le silence et la résignation de Christy paraissent inexplicables, ou insuffisamment développés, mais le film suggère que, du point de vue de la boxeuse, c’est le prix à payer pour atteindre son but. Avant tout, elle est motivée par l’ambition, et c’est peut-être cet aspect qui a déterminé Sydney Sweeney à s’identifier à ce rôle exigeant et paradoxal.
On pourrait penser aussi que l’actrice a trouvé avec ce sujet aux connotations woke une façon de se disculper de sa récente implication dans une pub controversée. Mais la réalité est probablement plus compliquée. À l’évidence, ce genre d’opportunité est apprécié des acteurs parce que propice à la performance et donc au buzz, et pourquoi pas, à l’Oscar. Sweeney réussit haut la main, elle a probablement accompli un travail colossal pour y arriver, mais le résultat est remarquablement naturel, en plus de marquer une étape dans sa carrière. Il faut aussi considérer que Christy Martin n’était pas une militante. Elle n’avait pas d’autre intérêt à défendre que le sien. Elle s’est battue pour elle-même, par tous les moyens possibles, au risque de sacrifier son identité et son indépendance, et même de perdre la vie, mais certainement pas pour promouvoir l’accession des femmes à la boxe, ni pour la cause LGBT. Si elle y a contribué, c’est par incidence, même si le film fait d’elle un modèle et un exemple.
4 mars 2026 en salle | 2h 15min | Biopic, DrameDe David Michôd | Par Mirrah Foulkes, David Michôd Avec Sydney Sweeney, Ben Foster, Merritt Wever |
4 mars 2026 en salle | 2h 15min | Biopic, Drame

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