Orwell : 2+2=5 plonge dans les derniers mois de la vie d’Orwell et dans son œuvre visionnaire pour explorer les racines des concepts troublants qu’il a révélés au monde dans son chef-d’œuvre dystopique : le double discours, le crime par la pensée, la novlangue, le spectre omniprésent de Big Brother… des vérités sociopolitiques qui résonnent encore plus puissamment aujourd’hui.
Disons le immédiatement : il existe des films qui sont tellement conformes à leur synopsis Allociné qu’ils en deviennent énervants. À deux reprises, ce copieux morceau de 120 minutes, qui ambitionne d’articuler le roman de 1949 le plus cité de l’histoire des dissertations IPESUP avec une critique implacable de nos temps mondialisés, nous a sortis de nos gonds. Au moment de convoquer le crédit social chinois, emblème de cette « contrôlocratie » que l’IA ne peut qu’accentuer, le montage trouve pertinent de nous ressasser des extraits vus et revus de Minority Report. Quand vient le moment d’évoquer « Heil Hitler » et les masses empapaoutées par un chef qui avait tendance à éructer vraiment très fort, le film fait monter un petit suspense avant de s’acheminer vers l’image que tout le monde a évidemment en tête : le salut nazi d’Elon Musk, point de convergence explicite entre la tech et le fascisme. On appelle d’ailleurs ça le techno-fascisme.
Voilà pour ce qu’il y a à dire sur le film, dont on ne peut même pas contester « l’actualité brûlante » ou le « caractère d’utilité publique » : à ce compte-là, Orwell : 2+2=5 ne peut que retomber sur ses pattes, et épouser complètement ce dithyrambe qu’on a trouvé dans Télérama : « Des images, comparaisons et rapprochements qui, durant deux heures, rappellent que le totalitarisme peut encore et toujours triompher, si on ne le combat pas. » S’abreuvant au tout-venant du documentaire télé en un peu plus haut de gamme – vous y retrouverez des plans de drone et des typos douteuses mimant des machines à écrire – le film semble curieusement puiser dans un robinet à images mondialisé, qu’on croirait justement fourni par une IA. C’est peut-être dans cet impensé et dans ce calibrage sur-mesure – un thème cher à Georgie – que le documentaire s’avère le plus passionnant : la voix-off (et lourde) d’Eric Ruf a-t-elle été pensée pour donner corps à Orwell ou à l’omnipotent Big Brother ? Peut-être qu’en visant à côté, Orwell : 2+2=5 (dont on reconnaîtra quand même le grand potentiel pédagogique, façon 1984 pour les Nuls) vise parfois juste…
Il y avait pourtant un angle passionnant à aller travailler ici. Josh Hawley, ambitieux sénateur pro-Trump lié à l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021, s’est lui-même dit victime d’une censure « orwelienne » lorsque son éditeur Simon & Schuster a décidé d’annuler la sortie de son livre. Récupéré par les libéraux et la droite souverainiste, utilisé par la CIA qui financera une adaptation de La ferme des animaux et qui saura appuyer sur son côté missive anti-soviétique en pleine guerre froide, l’héritage d’Orwell est partout, y compris dans les pages louangeuses de Valeurs actuelles. Voilà qui rend cette étroite focale « leaders populistes only » un brin sommaire et un peu triste, et qui devrait donner des idées à notre Raoul pour un deuxième volet !
25 février 2026 en salle | 2h 00min | DocumentaireDe Raoul Peck | Par Raoul Peck Avec Eric Ruf, Damian Lewis |
25 février 2026 en salle | 2h 00min | Documentaire

![[CORPSE MANIA] Kuei Chih-Hung, 1981](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2018/09/corpse1-1068x590.jpg)
