[VOX POPULI] « Comment vous expliquez le pénis géant dans « Beau is Afraid » ? »

Il semblerait que Beau is Afraid de Ari Aster suscite bien des réactions et ce trois ans après sa sortie. Voici l’avis de Corinne au débat lancé par deux autres lecteurs (lire leurs textes ici et ). Pour participer, envoyez votre texte à une seule adresse: redaction@chaosreign.fr

« A lire après avoir vu le film, svp. Pour avoir revu le film par hasard il y a quelques mois, je trouve les analyses réellement passionnantes sur Beau is Afraid, je me plais à lire des analyses et à en regarder sur YouTube. Reste que je bloque sur une idée qui contredit les autres interventions sur le site des lecteurs : comment on peut parler d’un monde façon The Truman Show dans Beau Is Afraid alors que, littéralement, on finit avec un monstre géant en forme de pénis enfermé dans un grenier ? Comment vous expliquez le pénis géant ? À quel moment ça relève encore d’une réalité « mise en scène » mais cohérente ? Qui finance ça, qui construit ça, qui nourrit ça ? On est censés croire que tout est orchestré comme un gigantesque dispositif de contrôle maternel… mais elle a aussi un élevage secret de patriarche-mutant dans le grenier ? Et le type dans les bois qui dit avoir veillé sur le père après la naissance de Beau, on en fait quoi ? C’est un figurant payé par la boîte de la mère (Mona Inc.) ou un gardien de créature mythologique ? Si le film veut nous faire penser que tout est réel dans son univers, alors le père, c’est vraiment cette chose ? Donc on serait dans un monde où des milliardaires transforment leurs conjoints en abominations phalliques et les gardent sous clé ? Et personne ne trouve ça plus improbable qu’un quartier rempli de figurants hostiles ? Ou alors rien n’est réel, tout est psychique, symbolique, hallucinatoire ? On accepte un entre-deux où la mère peut privatiser une ville entière, engager des acteurs, manipuler la vie de son fils… mais aussi héberger un monstre biblique dans un grenier ?

C’est ça, la limite du réalisme extensible ? Et puis cette histoire de double enchaîné à côté du monstre, c’est quoi ? Son courage ? Sa virilité ? Son moi réprimé ? Un autre fils ? Un symbole devenu chair ? Une installation artistique financée par l’empire pharmaceutique familial ? Si tout est un décor façon Truman Show, alors le monstre aussi est un accessoire ? Animatronique ? Acteur sous latex ? Créature génétiquement modifiée ? Pour moi, si elle est spectaculaire, cette image est impossible à réconcilier avec l’idée d’un monde simplement manipulé mais réaliste… Pourquoi alors certains éléments seraient littéraux (la fortune de la mère, les employés, la surveillance) et d’autres sortiraient tout droit d’un inconscient freudien sous stéroïdes ? Je veux bien qu’on parle de masculinité réprimée, de père réduit à un simple organe reproducteur, de trauma œdipien devenu monstre… mais ça ne répond pas à la question de base : dans un monde supposément contrôlé comme un plateau géant, qui a construit le pénis géant ? Et pourquoi la logistique la plus folle du film, c’est pas la surveillance totale, c’est l’entretien d’un patriarche-mutant dans un grenier ? Si vous avez une réponse… »

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