« Ça : Bienvenue à Derry » : la série HBO adaptée de Stephen King, Pennywise séduit souvent et déçoit parfois

2025 année kingienne. On ignore pourquoi mais c’est comme ça. Quatre films en salle (Running Man, Life of Chuck, The Monkey, Marche ou Crève) et une série désireuse d’étirer comme un chewing-gum l’univers de IT en reprenant la timeline de la version 2018. Timeline qui, rappelons-le, organisait un petit décalage temporel vis-à-vis du roman. Les années 1950, correspondant à la jeunesse des personnages, laissaient place aux années 1980 et les années 1990 aux années 2010.

Le programme de Welcome to Derry, qui s’en va broder sur quelques miettes laissées par le Roi du Maine, étant d’aller scruter chaque réveil de l’entité dévoreuse de monde, grignotant une poignée de gosses tels des peanuts tous les 16 ans, avant d’hiberner pour un petit moment. Andy Muscietti, qui avait initié les deux chapitres cinématographiques, chapeaute le tout et réalise au passage quelques épisodes. Annoncé depuis quelques années, le projet intriguait autant qu’il irritait : au fond, est-ce que tout ça ne serait pas le prétexte d’une nouvelle adaptation vaguement dissimulée ? En vrai, si cela peut faire oublier le naufrage absolu du chapitre 2, pourquoi pas…

Nous voilà en 1962 à Derry, une des villes imaginaires du Maine imaginée par Stephen King. On y entend très vite la petite musique du fond, et on la reconnaît bien : des enfants disparaissent et d’autres gosses, peu populaires, forment un groupe et se lancent dans une enquête. « IT » vient alors à leur rencontre sous des formes aussi variées que terrifiantes, dont celle de Pennywise, le « dancing clown ». Seulement voilà, la fin du premier épisode n’hésite pas à lancer tout ça aux flammes au détour d’un dernier acte brutal et impitoyable, autant que pouvait l’être la scène d’introduction du premier Chapitre, qui osait justement montrer ce que le téléfilm de 1990 se refusait à filmer pour cause de prime-time très prudent. Muscietti et ses scénaristes l’ont bien compris : sur HBO on ne se prive de rien. Et surtout pas de cruautés envers les enfants…

Sur huit épisodes, la série a le temps – contrairement aux deux adaptations – d’admirer comment l’influence néfaste de IT s’étend sur la petite ville de Derry, forcément banale en apparence, mais prête à faire surgir la mauvaise conscience de l’Amérique à tout moment : on se gausse de ne pas être dans le Sud, mais il suffit de peu pour que le lynchage raciste revienne à la mode…

De ce fait, la séduction de Welcome to Derry opère assez vite, de son générique somptueux façon carte postale contaminée petit à petit par l’horreur, à ses nouveaux personnages attachants, en passant par des FX grand-guignolesques parfois assez époustouflants (une pensée pour le fœtus volant qui ferait passer le bébé de It’s Alive pour un pompon Nenuco, ou les cornichons lovecraftiens). La médiocrité de l’épisode 3, entre de nombreux effets ratés et un final à la Chair de Poule, refroidit assez vite les ardeurs.

La suite, quant à elle, reste sur ce rythme de croisière proche du film de 2018 : du train fantôme qui n’arrive jamais à l’excellence du livre de King mais divertit autant qu’elle peut, et se révèle même parfois émouvante, comme avec le personnage de Marge, la « loseuse » se rêvant populaire, et dont la première rencontre avec IT se relève digne d’une vignette dégueulasse de Junji Ito. Sa romance avec le petit Rich, qui trouvera son point d’orgue lors de l’assaut très Sinners d’un bar clandestin, sait remuer là où il faut.

On regrette les séquences militaires, qui meublent à fond les manettes pour rallonger la durée de la série, et la manière dont le concept originel se trouve souvent malmené, prix à payer s’il en est pour un auteur dépossédé de son œuvre : IT/Pennywhise (toujours incarné par un Bill Skarsgård déchaîné) n’hésite plus à apparaître aux adultes ou à les attaquer, retrouvant parfois l’aura d’un boogeyman plus classique (quid de cette décapitation au hachoir ??!). Sur les flots d’un océan agité d’idées, certaines réussissent, comme la place rendue au peuple natif ou le choix d’intégrer la série dans une mythologie kingienne, avec la présence de Dick Halloran (le concierge de Shining) dans un second rôle capital ; d’autres laissent plus circonspects, comme Madeleine Stowe (oui oui) en folle du village prête à régler ses daddy issues avec le clown Pennywise, ou un twist final à base de paradoxe temporel annonçant une suite plus que casse-gueule.

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