La séance de rattrapage est une rubrique où nous mettons en lumière des inédits ou des méconnus chaos en France, qui sont passés sous le radar ces dernières années et qui méritent un visionnage même tardif (mieux vaut Béla Tarr que jamais). Rien que pour le plaisir de la découverte et des yeux.
Trois femmes connectées à travers le temps et l’espace par l’intermédiaire d’une entité invisible et d’une malédiction générationnelle. Le cinéma d’horreur atteint son apogée non pas par les jump scares faciles, mais par la lente instillation d’un sentiment d’incertitude primale, ébranlant à la fois notre morale et notre perception du monde. C’est précisément là que réside la force envoûtante des Maudites, le premier long-métrage du cinéaste espagnol Pedro Martín-Calero, sorti cette année en salles et passé un peu sous silence (la en plein mois de mai, on pense à autre chose…).
Le film nous plonge dans une terreur insidieuse et fascinante, où la menace est omniprésente sans jamais être clairement localisée, préférant la violation psychologique à l’assaut frontal. Cette malice indéfinissable nous confronte à l’idée d’un monde qui n’accorde aucune place à la raison patiente. Martín-Calero tisse un récit choral triptyque d’une grande ambition. Il met en scène trois femmes — l’étudiante Andrea (Ester Expósito), la mystérieuse Marie (Mathilde Ollivier) et la cinéaste Camila (Malena Villa) — séparées par le temps et l’espace, mais intrinsèquement liées par une présence sinistre.
Qu’il s’agisse d’un écho lointain de La Plata en Argentine ou d’un immeuble délabré de Madrid, le « hurlement » (wailing) éponyme est un motif sonore obsédant, s’immisçant avec brio dans les images haute résolution et les clips vidéo. L’esthétique est suffisamment, voire excessivement, étrange et dérangeante, évoquant les ambiances de franchises de haunting célèbres. Le scénario, coécrit avec Isabel Peña, maintient le spectateur en haleine en privilégiant une approche oblique et l’excavation progressive d’un secret terrifiant. Chaque séquence distille une angoisse palpable, jouant sur le pouvoir de l’allusion pour dépeindre la noirceur des forces malveillantes en coulisses. En résulte une œuvre captivante et audacieuse qui fait de l’ambiguïté son atout majeur. Sa faiblesse : être du coup trop évasif. Le film privilégie un angle oblique, parsemé de fausses pistes et de détours, ce qui, si cela maintient la tension, rend la raison de la terreur trop indéfinie. Reste, et c’est déjà beaucoup, une expérience de tension nerveuse qui, par sa mise en scène lugubre et perçante, parvient à nous faire participer activement au dénouement d’une énigme. Un film qui prouve que la meilleure horreur est celle qui refuse la clarification facile pour mieux s’ancrer dans notre inconscient.



