« V/H/S/Halloween » : confettis sanguinolents pour morts-vivants exigeants

On croyait, moi le premier, la franchise V/H/S condamnée à hanter les bacs de solde comme un sdf fatigué, mais voilà qu’elle revient, gonflée d’orgueil et d’hémoglobine, avec un opus halloweenesque (je suis un poil en retard) qui ressemble enfin à quelque chose d’autre qu’un exercice de style tourné entre deux réunions Zoom. Cette renaissance tardive tient autant du sursaut vital que du réflexe nerveux, mais qu’importe : le patient frémit encore, et parfois même il mord.

Le premier choc se nomme Coochie Coochie Coo, une visite guidée en POV dans un parc d’attractions cauchemardesque où deux ados imprudentes trébuchent dans une maison hantée peuplée d’un colosse en couche et d’une « Maman » qui semble avoir été sculptée par un Cronenberg en gueule de bois. Le malaise s’installe, s’étire, ricane et si l’humour dérape parfois, l’ensemble parvient à convoquer ce parfum de fête foraine décatie qui colle à la peau des meilleures nuits d’Halloween.

Puis survient Ut Supra Sic Infra, digne héritier espagnol des heures les plus fiévreuses du found footage ibérique. Paco Plaza, jamais le dernier pour arracher un œil ou deux, déroule un mystère ésotérique qu’on aurait aimé plus charpenté. Dommage : derrière les portes grinçantes et le folklore prometteur, il manque cette densité mythologique qui transforme l’effroi en légende urbaine durable. Un bon spectre, oui, mais un peu translucide.

Le grand dérapage contrôlé arrive avec Fun Size, pochade déjantée. Casper Kelly balance ses acteurs dans une usine où une mascotte cartoon découpe joyeusement des humains pour agrémenter des friandises. Le segment est si décalé qu’il semble provenir d’un univers parallèle, un endroit où le sang et la gélatine se mélangent sans aucune pudeur. Hilarant, certes, mais aussi discret qu’un clown dans un couvent.

Heureusement, Kidprint ramène les pendules à minuit. Alex Ross Perry signe le court le plus perturbant du lot, plongée dans une banlieue vintage rongée par la paranoïa des enlèvements. Ici, aucune blague, aucune échappatoire, juste la brutalité sèche d’un croque-mitaine méthodique. Ça pique, ça secoue, ça gratte l’âme. On pense à Sinister, mais sans le vernis hollywoodien : juste le nerf à vif.

Enfin, Home Haunt clôt le bal dans un chaos jubilatoire. Les accessoires d’une maison hantée se révoltent, les cris fusent, les perruques sont atroces, Rick Baker surgit pour un caméo improbable. Bref, une fête foraine qui crame joyeusement sous vos yeux. Le found footage tremblote comme un caméraman asthmatique, mais la folie compense largement.
Entre ces décharges d’horreur, l’enrobage Diet Phantasma tente maladroitement de faire lien, comme un soda light censé évoquer l’au-delà mais qui finit surtout par interrompre les festivités toutes les dix minutes. Pas désagréable, juste inutile.

Alors oui, tout n’est pas parfait. Oui, certains segments se regardent en chiens de faïence. Mais pour la première fois depuis longtemps, V/H/S ressemble à une vraie ombre tapie derrière la porte, pas à un gadget posé sur l’étagère. Et si la chanson de fin est un crime musical, c’est un sacrifice acceptable : après tout, Halloween n’a jamais été pas une affaire de bon goût.

1h 55min | Epouvante-horreur
De Alex Ross Perry, Casper Kelly, Paco Plaza
Avec Lawson Greyson, Sarah Nicklin, Jenna Hogan

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