Ça cartoon! Face de Mort, ancien catcheur et motard devenu sénateur, embauche quatre redoutables chasseurs de primes. Leur mission: retrouver la jeune Lana et récupérer le précieux et compromettant objet qu’elle lui a volé.
Bienvenue en Amérique. Believe it or not, il s’agit déjà du huitième long métrage de l’indispensable Bill Plympton, réalisateur de bon nombre de cartoons supra chaos comme L’impitoyable lune de miel et c’est aussi la première collaboration avec quelqu’un de l’extérieur, en l’occurrence le novice Jim Lujan qui cosigne ledit long métrage. Connaissant le caractère viscéralement indépendant de Plympton, on peut se demander si cette collaboration est une bonne ou une mauvaise nouvelle. Par chance, c’est la première option. L’alchimie entre les deux fonctionne bien, parce que Plympton a l’expérience du trait mordant et Lujan l’énergie de celui qui a envie-de-dire-des-choses. Une telle entente réciproque (un bon sens et un mauvais esprit particulièrement délectables) provoquant ce que ça doit provoquer: d’un bout à l’autre (soit pendant un poil plus d’une heure), La Vengeresse est un festin de « bon mauvais goût », selon la bonne vieille formule de John Waters.
Si on devait le résumer simplement, disons qu’il s’agit d’un pastiche du Kill Bill de Quentin Tarantino se déroulant non pas dans une Amérique cool et glam mais dans une Amérique éructante, peuplée de catcheurs, de junkies, de bikers, d’illuminés, dévastée par la vulgarité et la fascination pour la télévision qui rend fourbu et con. Les gens y sont uniformément affreux, sales, bêtes, méchants. Et Dieu merci, Plympton et Lujan nous épargnent l’Odorama. Chez eux, l’Amérique ne fait clairement pas rêver, elle coupe toute envie de s’y rendre. C’est un écrin d’ailleurs si stimulant qu’ils en négligent le reste, à commencer par l’intrigue sur la « vengeresse » du titre, clairement sacrifiée et clairement prétexte. Est-ce grave pour autant? Non. C’est du dessin animé pour adultes. Du cartoon trash et caustique, cauchemardesque et satirique qui semble appartenir à un monde révolu et dont on ne retrouve quasiment plus d’équivalent actuel. Alors, rien que pour le geste punk, La Vengeresse vaut le déplacement. D’autant qu’au-delà du simple geste, vous passerez un bon moment de cinéma, à rire grassement comme devant une bédé de Crumb.

