« Black Phone 2 » de Scott Derrickson : la surenchère horrifique au détriment de la peur

Si Scott Derrickson, de retour à la barre de ce Black Phone 2, n’a jamais été un grand cinéaste, il faut reconnaître à ses deux meilleures incursions dans le genre horrifique – Sinister (2012) et Black Phone (2021) – un cachet propre aux travaux d’artisans ayant mis beaucoup de cœur à l’ouvrage et aboutissant, lorsque les planètes créatives s’alignent, à une certaine réussite.

Black Phone, en l’occurrence, avait pour lui de bénéficier du meilleur scénario avec lequel le cinéaste n’ait jamais composé. Coécrit avec Joe Hill – auteur de la nouvelle éponyme à l’origine du projet – et C. Robert Cargill, celui-ci déroulait une retorse variation autour du film de huis clos dans laquelle un jeune adolescent (Finney, interprété par Mason Thames) se débattait avec son ravisseur (The Grabber, interprété lui par Ethan Hawke). Enfermé dans une cave insonorisée, Finney communiquait par l’intermédiaire d’un téléphone hors-service avec les précédentes victimes décédées du sadique criminel, lui donnant ainsi une chance de lui échapper – voire de le neutraliser.

La confrontation entre la fragilité physique de Finney et la puissance esthétisée d’un Ethan Hawke franchement flippant donnait à voir de manière parfois saisissante un combat entre l’enfance et le monde adulte, brouillant intelligemment les frontières d’un territoire comme de l’autre. L’esthétique de Derrickson trouvait dans ce récit une forme d’épure malsaine, associant un cachet 70s qui sentait bon le Super 8 (déjà une des trouvailles visuelles de Sinister) à une ambiance de prison urbaine rappelant Silent Hill.

Dans Black Phone 2, le péché de Derrickson est de vouloir transformer ses précédents succès en recette en n’offrant comme seule perspective d’évolution qu’une surenchère grossière. L’échec du film, bien réel, est à ce compte assez intéressant à discuter.

Suite directe de l’opus précédent, Black Phone 2 cherche à étoffer sa mythologie en se faisant également origin story de son antagoniste principal. Pour ce faire, le scénario fait la part belle à Gwen (Madeleine McGraw), la sœur de Finney. Atteinte de somnambulisme, elle communique dans son sommeil avec les esprits ; cette connexion avec l’au-delà la rapproche à la fois du tueur en série décédé et de ses premières victimes, en quête de paix. S’engage alors un récit de vengeance riche en protagonistes – tour à tour victimes et bourreaux – et en superpositions temporelles.

Malheureusement, à mesure qu’une tempête de neige se lève sur les personnages et que les enjeux se multiplient, le film se fige, puis s’étiole, ménageant un suspens plat englué dans une fausse complexité. Là où le retour du Grabber d’entre les morts aurait pu transformer cette figure de tueur en série bien réel en une incarnation carpenterienne du Mal, le spectateur se voit infliger d’imbitables dialogues explicatifs embourbés dans une bigoterie franchement lourdingue. Plus le film s’explique, moins les comédiens ne semblent croire en le cirque macabre de Derrickson et Cargill : outre les seconds rôles carrément oubliables, Mason Thames passe son temps à tirer la gueule, Madeleine McGraw se demande pourquoi tout cela lui retombe dessus, et Ethan Hawke pourrait ne pas avoir rempilé qu’on y aurait vu que du feu (nous avons dû rester au générique pour confirmer sa présence).

Prenant le parti, pas tout à fait inintéressant, qu’une suite doit venir en contradiction avec ce qui a été précédemment construit, Derrickson fait une embardée complète dans sa mise en scène vers le n’importe quoi, faisant du film un vacarme assourdissant de tous les instants (la BO du film, signée par le fils de Derrickson, est une certaine idée de l’enfer à elle toute seule) et une orgie visuelle qui transpire le carton-pâte de studio et le CGI bâclé. L’incursion dans le registre gore, d’abord intrigante, épuise aussi rapidement : là où Sinister et Black Phone réussissaient à associer de manière glaçante violence et enfance, le cinéaste ne semble être plus qu’à la recherche de l’image choc, épuisant ses thèmes et son esthétique en les vidant de tout sentiment de peur. Car oui, malgré – ou à cause de ? – tout le bruit et la fureur agités en ce sens, Black Phone 2 n’est ni franchement dérangeant, ni jamais inquiétant.

Une des conversations opposant Finney et le Grabber dans une cabine téléphonique résume au bout du compte assez bien le programme de cette suite. Faisant référence aux événements du précédent film, l’antagoniste prévient sa victime : la peur, selon lui, n’était qu’un échauffement. Après son passage, voilà venue l’heure des souffrances infinies. Devant telle débauche cinématographique, on ne peut qu’acquiescer.

15 octobre 2025 en salle | 1h 54min | Epouvante-horreur, Thriller
De Scott Derrickson | Par Scott Derrickson, C. Robert Cargill
Avec Ethan Hawke, Mason Thames, Madeleine McGraw

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