« Stopmotion » de Robert Morgan sur Shadowz pour Halloween : l’accouchement des monstres

Il est des films qui ne se contentent pas de vous hanter, mais qui, en douce, percent la membrane de vos songes pour y pondre des larves. Stopmotion, premier rituel filmé de Robert Morgan, n’est pas une œuvre : c’est une ablation, une plaie qui refuse la cicatrice. La question « d’où vient la création ? » devient ici une autopsie en direct, et la réponse, c’est un cri sanglant dans un théâtre d’ombres : elle vient des tripes, elle vient de la pourriture, elle vient du gouffre intérieur qu’on n’ose jamais nommer.

Dans ce gouffre se débat Ella, pauvre sainte mutilée, prisonnière d’une mère-dominatrice qui manipule ses doigts comme des outils, lui dictant ses gestes pour animer une poupée cyclopéenne et dépressive. Ce n’est plus une relation filiale, mais une messe où la chair de la fille sert de prothèse à la gloire mourante de la mère. « Un demi-millimètre à gauche », aboie la vieille prêtresse, et chaque ordre sonne comme une incantation de servitude. Ella ne vit pas, elle exécute. Elle n’a pas de voix, dit-elle. Elle n’est qu’un souffle retenu. Mais dans le silence étouffé de cette cage surgit une créature. Le Ashman. Une silhouette sans visage, un spectre qui rampe hors des fissures de son cerveau et prend racine dans le stop-motion qu’elle ose enfin créer pour elle-même. À partir de là, les frontières implosent : les marionnettes dansent hors de leurs fils, la chair se modèle comme de la pâte, la solitude se métamorphose en apocalypse intime. On ne sait plus si le cauchemar sort de l’écran ou s’il a toujours été là, tapi derrière les yeux d’Ella. Ce film n’est pas fantastique : il est une hallucination, qui vire au carnage. Tout est dans la tête d’Ella et pourtant tout déborde, se répand, contamine. Elle seule voit les démons, elle seule entend leurs murmures, elle seule saigne de l’imaginaire comme d’une blessure ouverte. Et dans ce saignement, Morgan tisse une parabole macabre sur l’art : il n’est pas question de créer, mais d’être possédé, d’être vidé de son sang pour que l’œuvre survive.

Ne vous y trompez pas : Stopmotion est une procession de viscères animés, de chairs disloquées remises en mouvement image par image, comme si Cronenberg s’était réincarné en Ray Harryhausen dément. C’est la matérialisation du vieil adage : pour écrire, il faut s’asseoir et ouvrir une veine. Morgan prend la formule au pied de la lettre, et ce n’est pas de l’encre qui coule, mais de la moelle, du pus, des cauchemars figés en celluloïd. Le stop-motion, avec ses tremblements, ses soubresauts maladifs, est utilisé ici non comme un art délicat, mais comme une possession païenne. Chaque image dit : « Rien n’est vivant, tout est animé de force, tout est marionnette », et c’est précisément ce qui glace le sang. Ce n’est plus du cinéma : c’est un rituel nécromantique, un exorcisme raté où l’esprit s’effondre et où la matière prend sa revanche. Au terme de cette messe d’argile et de sang, Ella n’est plus qu’un pantin. Ses fils ne tiennent plus à ses doigts, mais à sa gorge, corde invisible qui la suspend entre deux mondes. Et nous, spectateurs, restons là, ébahis, complices, contaminés. Nous savons désormais que certaines histoires ne veulent pas être racontées, elles veulent être vomies, elles veulent vous avaler. Stopmotion n’est pas un film : c’est un accouchement. Et les monstres qui en sortent ne retourneront jamais dans le ventre.

1 octobre 2025 sur la plateforme Shadowz| 1h 33min | Animation, Epouvante-horreur
De Robert Morgan | Par Robert Morgan, Robin King
Avec Aisling Franciosi, Stella Gonet, Tom York

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