« Substitution – Bring Her Back » de Michael et Danny Philippou : après « La main », confirmation que ces deux réals oeuvrent dans l’horreur brute et adulte

Chez les Philippou, la mort n’est jamais une fin, c’est une porte dérobée vers l’enfer domestique, peinte couleur pastel et qui sent la lavande un peu passée. Après avoir électrisé les artères du cinéma d’horreur avec La main (2022), ce petit miracle australien qui filait des baffes métaphysiques à la pelle, Danny et Michael reviennent avec Bring Her Back, un plat moins raffiné, mais tout aussi digeste, une sorte de ragoût où bouillonnent inceste mental, névroses maternelles et terreur post-traumatique façon Marmite.

Oubliez les fantômes TikTok, les possédés qui filment leur transe pour buzzer. Ici, on revient à une horreur plus crasse, plus vicieuse, presque institutionnelle. L’histoire s’ouvre sur un cadavre tiède sous la douche et dès les premières gouttes d’eau tiède, on comprend que ce ne sera pas une promenade dans les eucalyptus. Andy (Billy Barratt), adolescent paumé à la gueule de héros usé, découvre avec sa sœur aveugle Piper (Sora Wong) le corps de leur père inerte. Rideau. De là, commence une descente aux enfers, pas dans les limbes surnaturelles mais bien dans celles, réelles, de la maltraitance familiale et du système de placement. On les expédie chez Laura, ancienne assistante sociale au regard de grenouille traumatisée, interprétée par une Sally Hawkins méconnaissable, qui tord son image de maman Paddington en harpie maternelle tout droit sortie du pire cauchemar de Peter Weir. Et c’est là que le film plante ses griffes dans votre confort : cette maison, douce en surface, sue la menace par tous les interstices. Hawkins fait d’une tasse de thé un instrument de terreur. Chaque regard, chaque sourire, chaque silence devient un cri.

Mais voilà, les Philippou ne savent pas s’arrêter à la suffocation psychologique. Ils veulent aussi balancer leur dose d’hémoglobine et de chocs sensoriels. Alors, ils mixent les genres, comme si Wake in Fright (1971) fusionnait avec The Babadook (2014). Ils greffent à leur récit un rituel païen sorti d’on ne sait où (probablement une VHS oubliée de type Next of Kin), balancent des vidéos granuleuses de sacrifices cryptiques, afin de chatouiller le spectateur blasé. Problème : à force de lancer des spaghettis visuels contre les murs, certains collent, d’autres non. On frôle parfois l’indigestion symbolique.

Il y a néanmoins un cœur qui bat sous ce capharnaüm. C’est l’histoire d’Andy et Piper. Deux enfants cassés par le monde, tentant de rester entiers dans une maison où la tendresse est une arme blanche. Les moments où le film s’accroche à leur relation, où il laisse place aux silences lourds et aux gestes tendres entre deux coups de poignard métaphoriques, sont les plus puissants. Barratt livre une performance tendue, sans surjeu, tandis que Wong illumine chaque scène de sa dignité fragile. Ces deux-là, on les veut vivants. C’est rare, dans le genre.

Techniquement, Bring Her Back confirme le flair visuel des Philippou. Aaron McLisky, déjà chef opérateur sur Talk to Me, fait ici des merveilles. Caméra fluide comme un serpent dans un berceau, éclairages fuyants, gros plans étouffants : chaque plan transpire la maîtrise. Le montage, lui, joue parfois faux. Certains enchaînements s’acharnent à casser la dynamique, comme un didgeridoo dans un concert de cordes. Mais quand ça fonctionne, c’est sublime : une scène de couteau, en particulier, vous hantera longtemps, lettre d’amour à la barbarie filmée avec tendresse.

Alors oui, Bring Her Back est moins net, moins limpide que La Main. Moins précis dans son propos, plus bordélique dans son exécution. Mais il y a là une ambition et une cruauté rares. Une volonté de regarder en face ce que l’horreur familiale a de plus sale, de plus enracinée. Les Philippou n’ont peut-être pas signé ici leur chef-d’œuvre, mais ils confirment leur rage de filmer. Une rage brute, imparfaite, qui dérange plus qu’elle ne séduit.

30 juillet 2025 en salle | 1h 39min | Epouvante-horreur, Thriller
De Michael Philippou, Danny Philippou | Par Michael Philippou, Danny Philippou
Avec Sally Hawkins, Billy Barratt, Sora Wong
Titre original Bring Her Back

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