Longtemps mise au rebut de l’histoire officielle du cinéma français, qui n’a jamais trop su par quel bout prendre son oeuvre – les procès en misogynie ou en misandrie n’auront fait que voir leur cote fluctuer au gré des modes et des époques – Catherine Breillat semble enfin consacrée comme il se doit (merci Claire Clouzot et la critique américaine). Le documentaire prend la mesure de ce come-back surprise et presque miraculeux, tamponné par la sélection de son film L’été dernier en compétition à Cannes 2023, sous l’égide d’un sauveur nommé Saïd Ben Saïd. Zaza Huppert, Rocco Siffredi, Amira Casar, Roxane Mesquida, Samuel Kircher et de façon plus surprenante Caroline Ducey, autrice de La Prédation (nom féminin) l’été dernier où elle incrimine très clairement la cinéaste : les acteurs phare de son cinéma racontent ici la Catherine au travail, sa brutalité parfois, sa connivence qui intervient toujours une fois le tournage terminé et jamais pendant, son insistance sur la « nudité crue des visages » plutôt que sur celle des corps (c’est peut-être ça, le vrai scandale)…
Le tout est articulé autour d’un entretien récent avec la réalisatrice, lui-même entrecoupé par de nombreuses archives TV de l’artiste face caméra, déployant un tout homogène gambadant joyeusement à travers les époques : si on voit la Catherine physiquement évoluer au fil du temps (et dans ce « temps », rappelons qu’il y a quand même eu un violent AVC…), sa voix de jeune fille reste quasiment la même tout du long. Le corps a changé mais l’esprit est toujours très vif. La précision du verbe, la façon très fine d’auto-évaluer son œuvre y compris dans ses ratés (Tapage nocturne), son dégoût à peu près total pour l’érotisme ou le porno seventies auquel son travail a souvent été rattaché : appuyé sur certains grands principes moraux avec lesquels on ne transige pas, le film ressemble au petit traité taoïste – voire au bushido melvillien – d’une cinéaste enfin parvenue à la quiétude. Et qui se refuse toujours à la moindre concession aujourd’hui : en témoigne sa (non) réaction à notre question posée lors du Q&A post-séance avec Olivier Père, dont elle semblait se désintéresser comme de notre première communion, préférant reprendre sa conversation à deux avec le Monsieur cinéma d’Arte… Une vraie jeune fille, on vous dit.



