[BILAN 2024] « Trap » / « Smile 2 »: les monstres font partie du spectacle (et de nous)

Face-à-face entre le Boucher et le Sourire, entre Cooper et Skye. Smile 2 de Parker Finn et Trap de M. Night Shyamalan n’ont rien en commun, c’est bien vrai, mais ce simple assemblage entre une star se retrouvant sur scène dans le plus grand des hasards et un père de famille serial killer accompagnant sa fan de fille au spectacle d’une artiste pop est à la fois le constat d’une malléabilité dans la monstruosité faite film et le symbole des promesses des films d’horreur et de monstre au cours de cette année 2024.

Un rapport sous deux phases, le premier se faisant écraser par le second: celui où il serait possible de s’identifier, jusqu’à l’affirmation de plus en plus chaotique du monstre qui sommeille dans l’émail du film. Ça commence par l’étrange angoisse de se retrouver sur scène, et de surcroît d’être une star possédée par ses propres traumas. Skye se retrouve sur scène parce que l’incapacité à se délivrer de son passé mortuaire est aussi dense que le nombre de personnes prête à la regarder performer. Le Cooper père de famille est pris au piège par ce que son double n’avait pas su anticiper: être présent dans cette salle de spectacle, et le faire savoir aux autorités. Il ne peut ainsi exercer son devoir de père de famille, un devoir de plus en plus étiolé. L’impossibilité d’être soi-même, l’insoutenable emprise d’un double prêt à nous dévorer.

Le sourire de Skye et celui du Boucher se confondent et se motivent par la présence du tiers. La mère de la première lui demande de sourire, tandis que le bonheur de la fille de Cooper dans Trap compose le masque du serial killer, obligé de sourire aux employés de la salle de spectacle pour se fondre dans les coulisses du piège qui lui est tendu, afin de s’échapper. Si l’effroi explose différemment d’un film à l’autre – face au public dans Smile 2, dans la maison familiale dans Trap –, une conclusion commune s’impose: il est partout. Les monstres sont parmi nous, et se donnent en spectacle: des deux côtés de la scène.

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