[INTERVIEW MATHIEU MOREL] Rencontre avec le jeune réalisateur de « Anapidae » et « Versa Geek 26 », accro au spleen trash, à l’univers sulfureux et poétique

Des home-movies trains-fantômes aux bricolages imbibés de spleen trash, Mathieu Morel a construit un univers sulfureux et poétique, quelque part dans les dark skyblogs, les films à l’arrache de Curt McDowell et George Kuchar, et les méandres sexy de l’âge d’or de Tumblr. À l’occasion des projections à Chéries-Chéris de ses derniers courts Anapidae et Versa Geek 26, tous deux aussi cintrés que sublimes, le Chaos est venu l’interroger.

INTERVIEW: JEREMIE MARCHETTI

D’où sont venues tes envies de cinéma?
Mathieu Morel: Ça remonte aussi loin que je me rappelle. Quand j’étais petit, on regardait beaucoup de films avec mes soeurs dans notre village. On adorait le fantastique, on récréait des scènes de films d’horreur ou de Buffy contre les vampires. Mes sœurs, qui sont jumelles, voulaient être comédiennes et je voulais être réalisateur. Dès qu’on a eu un petit téléphone, on a commencé à se filmer, en se déguisant, en faisant des choses très outrancières et très colorées. Et puis en 2008, je me suis acheté une caméra DV et on a fait ce film qui s’appelait Warp me to hell où je les avais attachés partout dans la maison avec des fils électriques. Moi j’avais un masque et je les martyrisais. C’était un film muet, un peu expressionniste, très théâtral. On en faisait des tonnes et on a commencé à faire des dizaines de films comme ça ensemble. On passait tous nos week-end à faire ça. Après le lycée on bossait, mais on a continué à faire des films ensemble. Et puis mon grand objectif, c’était de sortir de mon milieu pour venir vivre à Paris et apprendre réellement le cinéma, ou en tout cas passer à une dimension au-dessus.

"Aussi fort que tu peux" (Mathieu Morel, 2019)
« Aussi fort que tu peux » (Mathieu Morel, 2019)

Je ne vois pas spécialement tout ce qui sort de la Femis mais ton court de fin d’études, Aussi fort que tu peux, est assez radical et sombre. Ça n’a pas été trop compliqué à imposer?
J’ai fait une section un peu particulière qui s’appelait la résidence de la Femis, et je pense qu’on a l’habitude d’y faire des films un petit peu différents. Pour le concours, je leur avais présenté un film qui s’appelait Night of the living sluts, qui est un film expérimental très hard et très violent, avec un montage vraiment agressif et des images porno assez glauques qui se mélangeaient à des séquences de films d’horreur. Donc je pense que l’école était parti du postulat que j’allais probablement faire des choses potentiellement plus extrêmes encore. Une fois à l’intérieur, c’est vrai que c’est toujours un peu difficile de tenir ses ambitions parce qu’on a régulièrement des discussions avec des profs ou des intervenants qui ne sont pas forcément au courant de ce que l’on fait, qu’on est aussi parfois tenté de suivre des directions données… Mais les retours ont confirmé que j’ai eu raison de m’être écouté et d’y être allé à fond. J’en suis ressorti avec mon diplôme, le film a été rapidement pris en festival. Donc on peut dire que ça s’est plutôt bien passé!

« Anapidae » (Mathieu Morel, 2024)

Tu tournes énormément de courts dans ton coin: Anapidae est un moyen-métrage avec plus de budget, tourné en pellicule… On sent qu’il y a une volonté de monter d’un niveau et de faire un trait d’union avec l’univers de «Rabbit-Hole», ta branche de courts-métrages indépendants…
C’est plutôt une opportunité que j’ai eu parce si j’écris des scénarios beaucoup plus narratifs, j’ai plutôt tendance à travailler sur des courts expérimentaux et érotiques en attendant d’avoir des moyens et des possibilités qui rendent la chose viable, parce que c’est plus simple à mettre en place. Quand Venin Films est venu vers moi, qu’on m’a proposé de faire un financement via le CNC, d’avoir un budget conséquent, c’était clairement le moment de mettre en avant un projet plus ambitieux. Tout ce que j’ai pu faire avant m’a servi à faire un film certes un peu plus classique mais tout en gardant des choses issues de mon cinéma expérimental. C’était l’occasion de montrer ce que j’avais envie de faire depuis le début et effectivement ça fait un trait d’union… mais je n’arrêterai pas pour autant de faire des petits films à côté avec Rabbit Hole. Monter des projets de films, ça prend énormément de temps et je n’ai pas forcément envie d’attendre un, deux ou trois ans entre chaque film. J’ai toujours envie de faire quelque chose et quoiqu’il arrive, je ferais toujours des petits films expérimentaux, des films d’archives…. Mais à partir d’Anapidae c’est clair qu’on s’est rendu compte qu’on pouvait faire plus ambitieux, plus long. Et qu’on est maintenant sur cette voie.

Une voie qui mènerait peut-être à un long-métrage?
Forcément, on y pense. Parce qu’en plus, j’ai 32 ans, j’ai fait beaucoup de festivals, ça fait un moment que je suis sortie de la Femis… J’ai toujours semé des petites graines un peu partout en attendant que ça fleurisse. Donc j’écris beaucoup, que ce soit des scénarios des courts ou de longs. Pour les courts, j’ai parfois des projets qui peuvent me rester dans la tête pendant trois ans et je le fais enfin quand je sens que c’est le bon moment: avec les longs, ce sera pareil. Je sentirais que ce sera ce moment là, et ça viendra quand ça viendra. Je sais aussi que je suis bien accompagné. Pour l’instant, j’ai déjà tellement de projets de courts en développement…

"Dellamorte Dellamore" (Michele Soavi, 1994)
« Dellamorte Dellamore » (Michele Soavi, 1994)

Un détail qui m’a interpellé, c’est que tu situes l’action principal d’Anapidae dans le cimetière inventé de Naarièges: le film n’insiste pas dessus mais c’est clairement écrit dans le synopsis. L’idée du cimetière et de du village imaginaire en vase clos, ça m’a beaucoup évoqué Dellamorte Dellamore, où les personnages ne sortaient pas de cette ville/cimetière qui s’appelle Buffalora.
J’adore Dellamorte Dellamore, c’est un film que je regarde sans arrêt, qui me touche profondément et j’ai toujours été extrêmement bouleversé par cette idée de la fin avec la boule à neige et ce monde sans issue. J’ai plus ou moins repris cette idée en posant une sorte de globe sur toutes ces choses que j’avais déjà développé, tous les lieux inventés dans les autres courts narratifs comme Rambartre, Prêt-l’Evêque, le Bois-des-Oies-Battées… Aussi fort que tu peux, Cum in my heart ou Love et ex-mortuus se passent en fait dans la même région. Il y a des personnages qui sont liés et qui ont des points communs, les choses se suivent plus ou moins. Quand j’étais adolescent, j’avais l’idée d’une grande histoire que je mettais en place petit à petit, en semant des graines dans des courts métrages pour tendre vers quelque chose de bien plus précis. Et effectivement, c’est en regardant Dellamorte Dellamore que j’ai pensé à ce monde isolé: dans Cum in my heart le fantôme d’Anthony, qui est aussi le personnage qui meurt dans Aussi fort que tu peux, raconte que lorsqu’il était vivant, il avait essayé de sortir de la plaine à vélo ou à pied et s’était rendu compte que ça s’arrêtait à chaque fois sur des bois trop denses, des déserts empoisonnés ou des ravins. Tous ces personnages sont un peu tous emprisonnés les uns avec les autres dans un univers qui ne tourne pas rond, où ils cohabitent plus ou moins avec les morts, et avec des désirs très puissants et très morbides, pour finalement constituer ensemble des petits mélodrames fantaisistes qui forment un tout.

"Anapidae" (Mathieu Morel, 2024)
« Anapidae » (Mathieu Morel, 2024)

Ce n’est pas le seul film que tu as tourné qui parle de la mort frontalement, mais j’ai quand même la sensation que Anapidae est plus important que les autres sur ce point, sans dire qu’il s’agit d’une autobiographie, mais qu’il y a une part d’intime beaucoup plus grande dans le rapport à la perte.
Dans toute création, il y a la volonté de transformer la cacophonie qui nous entoure en mélodie. La cacophonie qui m’entourait quand j’étais adolescent a été très violente, et elle était faite de mort, de suicide de proches, d’une famille un peu sombre. Et depuis le début, je tente de faire quelque chose de tout ça, d’essayer de m’en servir pour rendre ça joli, pour aborder le deuil et la mort d’une manière un peu plus poétique. Que ça puisse servir à ceux qui souffrent et qui regarderont mon film, ou aussi directement à ma famille. Et principalement à moi. Faire des films, c’est transformer le deuil en quelque chose de plus tendre malgré son apparence terrifiante et ça me fait beaucoup de bien. C’est vrai que Anapidae n’est pas le seul film que j’ai fait sur le deuil mais c’est celui où j’ai pu aller le plus loin. Qui plus est, il est arrivé à un moment où j’avais encore perdu quelqu’un, juste deux semaines avant le film, et il s’en est retrouvé encore plus habité. J’ai même l’impression que c’est un film hanté, mais pas de manière négative. Il l’est comme le sont tous mes autres films d’ailleurs, parce que j’ai l’impression que toutes les personnes que j’ai perdu vivent à travers ces films. Il y en a qui font des enfants pour poursuivre le cycle de la vie, je trouve que faire une œuvre d’art est aussi une manière de continuer à célébrer la vie, à faire vivre ceux qui ne sont plus là. J’essaie de faire en sorte que les morts ne nous quittent jamais vraiment. Mais c’est plus conscient dans celui-ci. Rien que le fait de choisir ma sœur qui, dès que je le regarde me donne l’impression de voir ma mère, qui du coup se retrouve à vivre dans le film au travers de ma soeur. Et le cimetière, le fantôme, et cette espèce d’autel géant que j’ai constitué avec la pellicule et toutes ces fleurs pour nourrir de manière organique tout ce qui pouvait paraître froid, pour incarner cette sorte de mausolée que constitue le film.

"La belle et la bête" (Mathieu Morel, 2021)
« La belle et la bête » (Mathieu Morel, 2021)

Ce n’était pas la première fois que tu tournais en pellicule, il y avait déjà eu La belle et la bête qui était beaucoup plus court, mais là on voit que tu apprécies de multiplier les formats: il y a du 16 mm, du Super 8, de la vidéo…
Mes premiers films, c’était des collages. Je filmais avec un téléphone portable, je volais des vidéos sur YouTube et j’assemblais un peu tout ce que je pouvais assembler. J’ai appris comme ça. Et comme j’ai fait beaucoup de films de ce genre avec mes sœurs, j’ai pris ce réflexe d’assembler et d’utiliser les différents formats pour raconter quelque chose. Et quand j’ai appris à faire du cinéma plus traditionnellement, j’ai essayé de garder ce petit gimmick. C’est aussi un moyen de s’aider. C’est à dire que quand on fait un film en pellicule, on peut pas beaucoup tourner, mais derrière, si on s’octroie la liberté d’utiliser par moments un peu de numérique, un peu de VHS ou même carrément des archives, on peut davantage approfondir notre récit. On pourrait y voir un défaut ou une béquille mais j’y vois une liberté totale; je peux continuer à réécrire mes films au montage. Et j’adore ce moment, parce que c’est là qu’on commence à découvrir un peu ce qu’on a fait, ce qu’on a voulu faire, qu’on peut se permettre d’aller encore plus loin. Et je continuerai à sauter d’un format à un autre pour le plaisir de l’expérimentation esthétique. Même si la pellicule est très belle, il y a comme une envie de trancher, puisqu’on évoque la mort ou la violence, avec des choses beaucoup plus laides, un format numérique un peu criard, un peu abîmé, avec des images complètement bousillées. Il y a ce truc d’essayer d’assembler les choses comme dans un rêve et d’en faire un tout. C’est pas tant de chercher une fluidité esthétique mais plutôt une fluidité émotionnelle.

Pourquoi le choix de la chanson Vis ta vie de Jeane Manson dans Anapidae?
En réalité, je suis très premier degré, et souvent il y a des choses qu’on peut voir dans mes films qu’on peut prendre comme de l’humour, comme certaines phrases de mes personnages ou certaines références. Je me réfère souvent à Britney Spears par exemple sans l’intention particulière de faire rire. Il y a beaucoup de choses que j’adore que beaucoup voient comme des plaisirs coupables. Ce n’est pas un terme que j’aime beaucoup d’ailleurs. Et justement, il y a la variété française un peu vintage, un peu plan plan, très mélo, très romantique. Et cette chanson de Jeanne Manson, je l’écoutais tout le temps quand j’écrivais le scénario d’Anapidae pendant le confinement. C’est une chanson qui me rappelle beaucoup ma mère, qui adorait la variété française, pas la plus qualitative possible, avec toutes ces chansons d’amour, sur la séparation, la souffrance, etc. J’en écoute tout le temps et j’associe souvent mes films à une chanson de variété. Love et Ex Mortuus c’était avec une chanson des Poppies par exemple. L’un de mes premiers objectifs avec Flavien Giorda et Yann Gonzalez lors de la mise en chantier du film, c’était qu’il fallait absolument acheter les droits de cette chanson, parce qu’elle habitait entièrement le scénario et toutes les images que j’avais dans la tête.

"Love et ex mortuus" (Mathieu Morel, 2023)
« Love et ex mortuus » (Mathieu Morel, 2023)

Dans The Deep Queer Massacre, j’ai comme l’impression qu’il y avait deux envies par dessus tout: faire un slasher à l’arrache comme on en faisait au caméscope ou à la DV dans les années 90/2000’s mais avec une dimension pédé poussée à son paroxysme et de l’autre… trouver un peu une excuse pour s’amuser et faire la fête!
Il y a un peu de tout ça effectivement. Je pense que comme tous les jeunes réalisateurs, j’ai toujours eu le fantasme de partir quelques jours avec très peu de matériel et de faire le film d’horreur le plus fou possible, de jouer avec des codes considérés comme ringards, et en réalité plus compliqués qu’on ne le pense. Je voulais aussi un peu rattraper ces trucs gay qui n’existaient pas dans le cinéma d’horreur, avec les hommes hétéros qui ont pu se faire plaisir pendant des années, à faire courir des filles seins nues et à les trucider. J’avais le fantasme de voir des très beaux mecs courir en crop top et se faire trucider eux aussi. Je savais en tout cas qu’on ne pouvait pas se contenter de partir avec une caméra et de faire juste un petit film d’horreur cheap. Il fallait aussi que ça puisse parler de cinéma en intégrant ce personnage qui regarde le film, qui fantasme dessus, pour mieux en faire une oeuvre expérimentale qui raconte comment on utilise ces films, comment est-ce qu’on les regarde, pourquoi on les aime, etc. Donc c’est plutôt un film sur l’amour de ces films. Et en effet au delà de ça, il s’est avéré que les choses se sont très bien agencées et que le tournage est tombé le week-end de mes 30 ans. Donc la fête qui est à l’intérieur du film est une vraie fête: on alternait les moments où on dansait, où on tournait, on avait des projecteurs, du sang, des costumes et c’était vraiment une explosion de bonheur pour le cinéaste et le cinéphile que je suis, et une explosion de plaisir pour les copains qui se sont beaucoup amusés. Et je crois que c’est ce qui en ressort pas mal.

"The Deep Queer Massacre" (Mathieu Morel, 2023)
« The Deep Queer Massacre » (Mathieu Morel, 2023)

Pour le coup on sent bien que c’est pas du tout une fausse fête!
Mais du coup il y avait aussi une sorte de défi, en particulier à tout ce qui était lié à la pornographie. J’ai eu la chance d’interviewer Wakefield Poole une fois, c’était avant que je fasse La Belle et la bête et j’avais déjà envie de faire des scènes de sexe. Je lui avais demandé comment réussir à mettre ça en place, parce que c’est assez compliqué, qu’on a envie d’être attentif à faire les choses correctement. Et il m’avait dit que la meilleure chose à faire, c’est de prendre des gens qui ont envie de coucher ensemble, comme ça on est sûr que ça fonctionnera très bien. Étant un jeune gay parisien ayant plein de copains gays parisiens qui se désiraient les uns les autres, bah voilà: on les a mis avec une margarita et une belle caméra pour faire la fête ensemble et les choses se sont très vite déroulées! Je sens qu’en fin compte on voit bien qu’il y a du désir à l’intérieur.

En parlant de désir, il y a quelque chose de très beau et d’assez inédit dans ton rapport avec ton compagnon Leolo Victor-Pujebet: aussi bien dans ton cinéma que dans le sien, vous mettez en scène votre histoire d’amour, souvent dans des séquences non simulées, comme si votre désir avait ce besoin de déborder jusque dans l’écran. Et ce n’est pas seulement un kink exhibitionniste, non?
C’est en effet pas réellement de l’exhib parce dans la vie je suis extrêmement timide et réservé. Je me surprends moi-même à chaque projection des films à avoir envie de mettre ma tête sous le siège! Leolo et moi on s’aime énormément et je crois qu’on est extrêmement romantique l’un l’autre. J’ai tendance à penser que lorsque l’on est romantique et artiste, ça finit par déborder d’une manière ou d’une autre. On a envie de parler d’amour, on a envie de parler de désir, mais de nous parler aussi. C’est un truc que le monde a un petit peu envie au fond vu comme on se photographie, on se filme, etc. C’est ce plaisir total de se dire qu’on aura ad vitam aeternam de belles images de nous à cet âge-là en train de nous amuser, de prendre du plaisir, mais aussi à créer un film dont on se souviendra toujours. Donc ça, c’est une première chose. La deuxième, c’est que c’est difficile de faire des films d’horreur et de sexe parce qu’il faut effectivement que les gens soient à l’aise pour pouvoir le faire correctement. Des gens qui ne seront pas timides avec nous, qui nous feront confiance. C’est plus facile de le faire avec son copain quand on en a un, ou avec ses meilleures amis qui vont être libres sur ce désir qu’on peut partager. Il y a aussi un aspect pratique de pouvoir faire ces choses là ensemble: tout devient facile de mettre ça en place quand on s’aime vraiment. Et encore plus quand on est filmé par des amis. La scène de sexe dans The Deep Queer Massacre par exemple, c’est un très bon ami à nous qui nous a filmé. On est tellement dans une intimité qu’on crée sur le plateau qu’on en oublie que des gens vont voir le film. Donc ce n’est pas juste un délire exhib parce qu’on est vraiment trop à penser à fabriquer le film lui même. Mais c’est une fois sur le grand écran qu’on se dit «ah oui on a fait ça!». Et encore là c’est pas le pire, je pense à Cum in my heart avec la scène où je baise un coeur ensanglanté: je me disais que c’était le summum du romantisme et une fois dans la salle je me demande pourquoi j’inflige ça aux gens et à moi même! Mais c’est drôle et on s’en remet…

"Cum in My Heart (ou le fabuleux lâcher-prise de Thomas Timbère)" (Mathieu Morel, 2022)
« Cum in My Heart (ou le fabuleux lâcher-prise de Thomas Timbère) » (Mathieu Morel, 2022)

Comment tu t’es retrouvé acteur dans The Visitor de Bruce LaBruce?
Bruce travaille avec Nicolas Brévière, qui est un de mes producteurs sur Local Films en ce moment, ce qui m’a amené à le croiser à plusieurs reprises et bon, on a quand même beaucoup d’atomes crochus et à peu près tout pour s’entendre au niveau des goûts et de notre pratique de vie et de cinéma. Et Léolo avait également bossé comme assistant sur un de ses castings. À terme, Bruce lui a dit: «Je pars quelques jours vers Lourdes, on va tourner des scènes de sexe pour mon nouveau film, est-ce que toi et tes potes ça vous dirait?» Donc on y est allés, moi, Léolo et Aurélien Déniel qui joue régulièrement dans mes films. On est parti à l’aventure avec beaucoup de joie et c’était vraiment très excitant de le voir travailler de manière presque aussi simple que nous. C’est à dire avec très peu de gens, avec une petite caméra, plein d’envies et plein d’idées. Bon, il en reste pas grand chose finalement à l’image, mais ça faisait tellement plaisir d’être à Lourdes avec Bruce la Bruce pour filmer des scènes de sexe!

"Versa Geek 26 (cherche l’amour)" (Mathieu Morel, 2024)
« Versa Geek 26 (cherche l’amour) » (Mathieu Morel, 2024)

Ton tout dernier court, Versa Geek 26 (cherche l’amour), m’a beaucoup ému dans sa manière d’aborder le mal-être sur les appli de rencontres, d’évoquer ce qui fait mal derrière l’image d’une sexualité débridée. C’est quelque chose que tu as vécu ou que tu as constaté dans ton entourage?
Je pense que c’est un truc qu’on ressent un peu tous en ce moment. Que notre amour propre est mis à rude épreuve à cause de toutes ces images, des réseaux sociaux. Je crois bien que l’endroit où l’amour propre est le plus vulnérable, c’est bien dans le désir. On a beau être en théorie plus libre, plus sexualisé, je crois que cet accès à ces images, et à tous ces beaux garçons, à un fantasme presque atteignable, rend les gens tristes. Et je crois que la misère affective, sexuelle et émotionnelle peut vraiment faire de gros dégâts. Et je vois en effet un endroit, en l’occurrence les appli, où les gens semblent beaucoup en souffrir.

On voyait déjà ça dans d’autres courts, mais ce montage effréné de mecs renvoie beaucoup à l’âge d’or de Tumblr, où on scrollait à l’infinie sur des images hyper excitantes. Je suppose que tu voulais renvoyer un peu à cette «cascade» d’images?
Ah ben toutes les photos du film viennent de mon Tumblr, tout ce que j’ai pu liker… Et j’ai en effet le souvenir d’avoir passé beaucoup de temps sur cette «cascade», qui m’excitait et m’inspirait beaucoup. Et je voulais en tirer un sentiment d’écœurement. Un sentiment de trop. Où on en ressort pas forcément satisfait sexuellement, mais plutôt un peu froid et bizarrement désireux d’en avoir encore plus…

Anapidae en double-programme avec Mamantula au MK2 Beaubourg le 26 Novembre à 11h50
Versa Geek 26 (cherche l’amour) dans la compétition courts-métrages gays hot au MK2 Beaubourg le vendredi 22 Novembre à 9H40

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