#CANNES2017 : NOTHINGWOOD, LE HOLLYWOOD DU RIEN

On connaissait le Bollywood indien, le Nollywood nigérian et bien sûr la version originale de l’industrie du rêve, le seul, le vrai Hollywood made in USA. Mais Nothingwood? Le Hollywood du «rien», car il n’a pas un rond? Bienvenue en Afghanistan les amis. Par Eric Vernay, notre correspondant chaos au 70e Festival de Cannes.

«Grâce au documentaire de Sonia Kronlund (que les auditeurs de France Culture peuvent écouter dans l’émission Les Pieds sur Terre depuis 2002), présenté cette année au Festival de Cannes à la Quinzaine des réalisateurs, on plonge dans ce pays en guerre depuis des décennies, via son imaginaire cinématographique particulier et un personnage hors du commun: Salim Shaheen. Véritable star là-bas, l’acteur-réalisateur inonde le territoire de ses films Z déjantés, où se côtoient scènes de baston et intermèdes chantés, dans la joie et la bonne humeur. Avec sa petite troupe, Shaheen sillonne les routes montagneuses à la recherche de décors naturels. Ce qui occasionne à chaque fois un petit bain de foule pour le héros du peuple, qui s’achève par ce mot d’ordre: «en votre honneur, applaudissez!».

Malgré son côté cheap, le cinéma de Shaheen transpire la passion. Sa vie ne fait qu’un avec le cinéma. Il est d’ailleurs prêt à la risquer pour quelques plans, comme ce jour tragique où une scène a été interrompue par un tir de roquette, faisant une dizaine de morts et des blessés dans son équipe. Mais le tournage a quand même repris. Son enfance rude, passée parmi des frères violents qui l’empêchaient d’aller au cinéma à coups de latte, se retrouve dans ses bobines, tout comme son passage par l’armée où il est devenu «commandant artistique», plus créatif que martial. Ce passé nourrit les récits échevelés qu’il met en scène avec un mélange d’autorité dictatoriale et une bonne dose d’humour. C’est simple, cet homme est un mélange d’Ed Wood, de Gérard Depardieu et de Steven Seagal, avec une touche de Jean-Pierre Mocky. Autant dire qu’il crève l’écran.
Mais Kronlund n’en fait pas un saint pour autant. A travers lui se dessinent les contradictions d’un pays encore très réac et machiste, qui adore contempler danseuses et actrices du cru, tant que ce ne sont pas ses filles. La force du documentaire est aussi d’absorber toute cette énergie communicative – une énergie de résistance contre la violence omniprésente – à même le film: Shaheen n’ayant plus de batterie pour filmer, il demande ainsi à la française d’effectuer des plans pour son propre long-métrage. Ce système D intégré à même le documentaire produit une communion de regards cocasse et burlesque, un peu méta, mais aussi très émouvante. «Pourquoi ris-tu?» demande Saheem à Kronlund, après lui avoir raconté une légende folklorique sur un dragon. «Il ne faut pas trop rire», s’énerve-t-il, soudain très sérieux, en expliquant l’importance des croyances. Avant, bien sûr, de recommencer à faire le clown.» E.V.

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