[CRITIQUE] LE JOUR D’APRÈS de Hong Sang-Soo

Marivaudage Rohmerien. Areum s’apprête à vivre son premier jour de travail dans une petite maison d’édition. Bongwan, son patron, a eu une relation amoureuse avec la femme qu’Areum remplace. Leur liaison vient de se terminer. Ce jour-là, comme tous les jours, Bongwan quitte le domicile conjugal bien avant l’aube pour partir au travail. Il n’arrête pas de penser à la femme qui est partie. Ce même jour, la femme de Bongwan trouve une lettre d’amour. Elle arrive au bureau sans prévenir et prend Areum pour la femme qui est partie..

La palme dort. Voilà le film qui non seulement aurait dû figurer au palmarès au dernier Festival de Cannes mais qui surtout avait toute la discrétion, toute la simplicité et toute la beauté pour prétendre à une Palme. Dommage que le jury n’ait pas été ébloui comme nous par ce cinéma fait avec rien qui, pourtant, donne tout. A savoir l’essentiel. C’est l’histoire d’un quatuor. Celle d’un homme et de celles qu’il aime, pris au cœur de la tourmente, soit sa femme, sa maîtresse et sa nouvelle employée. Et comme toujours impossible de ne pas voir HSS à travers les vicissitudes du héros (Kim Bongwan, prince endormi qui pleure beaucoup, qui pleure bien). Parler de soi, c’est aussi parler des autres et donc parler de nous.
En apparence, les films de Hong Sang-Soo se ressemblent tant ils déclinent les mêmes obsessions, parfois sous forme de doubles et de miroirs, mais l’illusion est brève: la partition dans Le jour d’aprèsse révèle très précise, fonctionnant sur des répétitions (la superbe musique lancinante, pleine de grésillements, qui semble revenir de loin) et sur des nuances subliminales (c’est a priori la même chose et pourtant, ça n’est jamais la même chose). L’apparente placidité du plan fixe est bousculée par les zooms. A l’arrivée, un exercice de trompe-l’œil virtuose à base de quiproquos, de flashbacks et de jeux de rôle où le langage et les gestes multiplient les informations contradictoires pour mieux brouiller – la mise en scène dit très clairement le contraire de ce qu’affirment les personnages.
Ce que capte magnifiquement ce conte moral sur le sentiment amoureux en noir et blanc, c’est la tristesse du rendez-vous manqué et c’est ce qui achève de rendre cette ronde sentimentale chaos comme déchirante. Parce qu’on s’aime, parce qu’on se quitte, parce qu’on se trompe, parce qu’on pleure… Et, comme toujours, parce qu’on boit beaucoup. On pense au cinéma d’Eric Rohmer, et on a raison. Hong Sang-Soo a travaillé comme à son habitude sans scénario. Tout le film est fait de ces mystères et paradoxes dont il se garde bien de donner la solution. Reste la remarquable tentative de reconstruction des sentiments qui, à l’épreuve du temps, aboutissent à une désillusion. Last but not least, Kim Min-Hee (compagne de Hong Sang-Soo, vue dans Mademoiselle de Park Chan-wook et La caméra de Claire, le film réalisé pendant Cannes 2016 avec la Huppert) irradie littéralement l’écran. C’est beau d’être regardé avec tant d’amour, on pourrait presque regarder le film juste pour cet élan.

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Date de sortie 7 juin 2017 (1h 32min) / De Hong Sang-soo / Avec Kim Min-Hee, Hae-hyo Kwon, Kim Saeybuk / Genre Drame / Nationalité sud-coréen[CRITIQUE] LE JOUR D’APRÈS de Hong Sang-Soo
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