De ses débuts dans le roman-porno à ses allers et venues intempestives dans le kaiju eiga (il donnera plusieurs fois ses lettres de noblesse à la tortue Gamera), jusqu’à la première adaptation live de Death Note, Shusuke Kaneko s’est toujours plié aimablement à un cinéma japonais populaire. Durant sa transition entre l’érotisme et le film de monstres, il s’est égaré dans d’autres genres, révélant d’autres facettes de sa personnalité, comme avec le cristallin et déroutant Summer Vacation 1999, beau poème queer à cent lieues de ses blockbusters vrombissants.
À l’origine, tout part du manga Le cœur de Thomas, un des premiers mangas de Moto Hagio, pilier du shojo manga dont cet hommage au bildungsroman annonçant ni plus ni moins tout un pan du boylove. Kaneko ne l’adapte que librement, élaguant au maximum le décor et les personnages pour tirer vers une forme d’abstraction quasi onirique. Sa première grande idée venant à ne pas se tourner vers le passé, comme le voudrait le décorum original à la Hermann Hesse, mais au contraire vers le futur.
Comme son titre l’indique, Summer Vacation 1999 se déroule dans une dystopie brumeuse, qui se diffuse par d’infimes détails et quelques objets disparates, des machines lo-fi aux accessoires bizarroïdes, jusqu’au bruit impossible de ce train de campagne. On s’éclaire à la lampe à huile, mais on ne se sépare que rarement de sa carte mémoire. L’action se contraint alors aux couloirs d’une drôle d’école, qui nous ouvre ses portes dans un drame. Durant une nuit venteuse, un des jeunes élèves quitte l’établissement pour sauter dans un lac. Son corps ne remontera pas. Malgré les vacances d’été, ses trois camarades sont restés au bahut, une immense bâtisse aux allures d’hôpital planté dans la cambrousse. Un matin, le parfait sosie du défunt se présente, troublant ses trois camarades qui n’avaient pas tout à fait entamé leur deuil. Persuadés d’abord d’une mauvaise farce, ils comprennent rapidement que le caractère du nouveau venu tranche ardemment avec son prédécesseur, réveillant une flamme à peine éteinte. Car oui, dans ce carré amoureux impossible, tout le monde se cherche, s’aime, se rejette et bouillonne en silence.
Sortant pourtant d’une décennie dès plus chaude avec la Nikkatsu, Kaneko abandonne le romantisme fleuri de Moto Hagio: il engage des jeunes filles pour tenir les rôles de ces garçons, leur donnant des allures d’écoliers sans sexe ni âge. De l’école de nulle part aux troubles du genre, tout annonce d’ailleurs les chemins empruntés bien plus tard par les mammouths chaos que sont Innocence (Lucile Hadzihalilovic, 2004) et Les garçons sauvages (Bertrand Mandico, 2017). Mais Summer Vacation 1999 est plutôt du genre à marcher sur la pointe des pieds, filmant une génération perdue sous le soleil comme le faisait Pique-Nique à Hanging Rock (Peter Weir, 1975), avec ce même sensation de rêve permanent et cette violence des sentiments qui circule en silence. La douceur de l’image, entre le vert tendre, la blancheur des salles vides, la densité de la nuit, se bouscule aux passions butées et torturées de ces adolescents dont le cœur s’emballe trop fort. La tentation de la tragédie est là, mais le récit, doublement relancé, ne cesse d’offrir une nouvelle chance à ces gosses du spleen. Sacrément déroutant.
Titre original 1999年の夏休みRéalisation: Shūsuke Kaneko Scénario: Rio Kishida Musique: Yuriko Nakamura Sociétés de production: New Century & Sony Video Software International Pays de production: Japon Durée: 90 minutes Sortie: 1988 |
Titre original 1999年の夏休み


