Culte des années 90: Babylon Zoo – « Spaceman »

Au Hit Machine de Charly et Lulu, ce mec-là faisait office de vrai martien. Il venait d’ailleurs, avec sa chanson-collage, sa voix intrigante gonflée à l’hélium, son look cool et sa chanson cool. C’est le tourbillonnant Spaceman qui a révélé Babylon Zoo, le groupe de rock britannique un peu glam un peu new-wave, dans les années 90 et, à travers cette formation encore énigmatique, son chanteur, Jas Mann, wanna be David Bowie dans les années 90, à la recherche du temps perdu de sa Space Oddity. Né dans les Midlands en 1971, il a gagné l’Inde, dont son père est originaire, à quatre ans, avant d’atterrir quatre ans plus tard à Birmingham. Venu d’ailleurs, oui. Il est le seul garçon d’une famille nombreuse originaire du Punjab, tout petit, ses sœurs passent leur temps à le déguiser en fille et à le maquiller. Ce premier single du groupe, numéro 1 des hit-parades européens, s’est vendu à près de 250.000 d’exemplaires en quelques jours en France et Jas Mann (à ne pas confondre avec Jeanne Mas) ­devient une popstar d’enfer. Lui qui avait fait ses débuts dans un groupe de rock indé les Sandkings (dont les chansons sont tellement inclassables que personne n’a voulu les signer) et qui a mal vécu les Beaux-arts (il ne supportait pas qu’on l’oblige à utiliser de la peinture acrylique) a émergé en 1996 à la tête de ce Babylon Zoo, « une expérience artistique totalement intergalactique pour le XXIe siècle, dans un esprit multimédiatique », avec ce Spaceman en rotation maximale sur MTV. À l’origine, il s’agissait d’un titre destiné à la bande-son d’un film de science-fiction réalisé par l’artiste et ses amis (qui ne s’est jamais fait), qui s’intitulait Spaceman suborganic mutation, décrit comme « un court métrage d’un quart d’heure, du genre Roger Corman ». Et coup de bol pour eux, Levi’s l’utilise pour un spot de publicité. Et coup de bol bis, le remixeur new-yorkais Arthur Baker est passé par là. Le succès est immédiat, et le titre se retrouve à la première place dans vingt-trois pays. L’album The Boy with the X-Ray Eyes sort quelques mois plus tard. Deux ans plus tard après l’euphorie de la « Babylon Zoomania », et les concerts dans le monde entier, Jas sort son deuxième album King Kong Groover, mais refuse d’en faire la promotion pour cause d’implosion de grosse tête – il avait, dit-on, refusé une interview au journal musical allemand Popcorn sous prétexte qu’il n’en aimait pas le nom. Dès lors, les records de Spaceman ne seront hélas jamais égalés, et Jas Mann retombera dans l’anonymat. Reste le plaisir d’avoir croisé une vraie comète, totalement inclassable.

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