[CRITIQUE] SIERANEVADA de Cristi Puiu

N’oublie pas que tu vas souffrir. Quelque part à Bucarest, trois jours après l’attentat contre Charlie Hebdo et quarante jours après la mort de son père, Lary – 40 ans, docteur en médecine – va passer son samedi au sein de la famille réunie à l’occasion de la commémoration du défunt. L’évènement, pourtant, ne se déroule pas comme prévu. Les débats sont vifs, les avis divergent. Forcé à affronter ses peurs et son passé et contraint de reconsidérer la place qu’il occupe à l’intérieur de la famille, Lary sera conduit à dire sa part de vérité.

3 heures. Three fucking hours.
La question que tout le monde, du Père Fouras à Jean-Marc Morandini, se pose à la faveur de l’été: QUI va aller voir un film roumain de 3 heures moins 7 minutes dans une salle de cinéma le 3 août? Eh bien, des cinéphiles curieux pour commencer. Du moins on l’espère. Et qui, à la pire date de sortie au monde pour un film de 2h53, seront sans doute moins bienveillants/patients/kawai que les festivaliers au dernier Festival de Cannes – à la fin de la projection de presse, sur les réseaux sociaux, cet amuse-gueule tenait soit du génie, soit du calvaire. On ne va pas vous mentir: ayant vu le film des semaines après cette projection, nous nous situons entre les deux. Pour faire court sur trois heures: entre règlements de compte, débats politiques sur le communisme ou le 11 septembre, souvenirs et confessions, on doit se cogner les différents membres d’une famille qui vont se trouver forcés lors de cette soirée à affronter leur passé et la place qu’ils occupent dans la famille, repoussant sans cesse le moment de passer à table (signe d’une convivialité, d’un dialogue impossibol). A l’écran, cela donne les incessantes allées et venues de nombreux personnages filmés en plans séquences, dans un ballet de portes et de plats minutieusement orchestré, avec une caméra à hauteur d’hommes. Souriez, on vous regarde nous lire.
Commençons par les arguments pour vous inciter à tenter l’expérience. Disons-le tout de go: c’est bel et bien un film chaos! Dans sa durée monstrueuse d’almost three fucking hours – on vous le répète, aucazou. Dans ses dix premières minutes (une voiture n’arrive pas à se garer dans le brouhaha assourdissant d’une rue, un homme et une femme se parlent dedans-dehors; plus tard, la voiture fait le tour du quartier et revient au même endroit, trouvant toujours pas de place; on ne comprend rien, c’est génial). Dans sa manière de filmer les lieux et les portes qui claquent (on a d’ailleurs compté le nombre de portes qui claquent – au gré de multiples visionnages, deux voire trois pour certains de la team chaos, certains hésitent encore entre 257 et 264, libre à vous de choisir votre camp). Et, surtout, surtout dans son humour de dernière minute. Parce qu’on finit par rire de ce capharnaüm et par comprendre qu’il ne sera jamais question de Sieranevada pendant trois heures (comme Bonitzer, souvenez-nous, ne nous disait absolument rien sur Robert). Un humour qui serait celui de l’exaspération et de l’écœurement voire du ventre qui gargouille. L’humour de la mise en scène omnisciente, le regard invisible du père mort qui se marre fort bien là où il est et donc le point de vue pas dupe de Cristi Puiu. Cristi qui, mine de rien, avec un rire plus sardonique encore qu’à l’accoutumée, se moque drôlement de toutes les ridicules, de toutes les convictions, de toutes les respectabilités, de toutes les trivialités, de toutes les fois des uns et des autres. Un humour pretty chaos dirons-nous qui, comme l’amertume ou la vengeance, n’en reste pas moins un plat qui se mange froid – NDR. seuls ceux qui ont vu le film de three fucking hours comprendront la subtilité de cette blague à relire alcoolisé de préférence. Alors bien sûr, il faudra endurer l’impression de supplice physique que peut provoquer le film, une petite tendance vis-ma-vie-dans-une-famille-bordélique, rappelant au fond le calvaire de toutes les familles, leurs dimanches après-midi à périr d’ennui avec des proches fantômes et qu’on se sent mieux lorsque tout est fini, lorsque cette putain de porte est définitivement claquée, fermée, out. Mais comme vous avez déjà bouffé du Béla Tarr, du Antonioni, du Tarkovski et MÊME du Sharunas Bartas, parfois les quatre en même temps, on s’est dit qu’il n’était peut-être pas utile d’en rajouter une tartine. Vous êtes robustes, vous êtes chaos, fermez votre gueule!
Ah, au fait, on réalise qu’on ne vous a pas parlé de l’évidente parabole politique d’un pays en déréliction qui, d’ailleurs, dès sa séquence liminaire… Allô, vous êtes toujours là?

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Date de sortie 3 août 2016 (2h 53min) De Cristi Puiu Avec Mimi Branescu, Judith State, Bogdan Dumitrache Drame Roumain, Français, Bosniaque, Croate, Macédonien[CRITIQUE] SIERANEVADA de Cristi Puiu
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