Ninón Sevilla, la madone du cinéma mexi-chaos

Ça sort mercredi dans les salles françaises et attention, c’est très, très bien: Les Films du Camélia remettent en lumière Ninón Sevilla (1921-2015), actrice emblématique du mélodrame de cabaret, genre (pas très bien identifié chez nous) qui s’enracine dans un cinéma mexicain revitalisé par l’apport de la musique et de la danse cubaines.

On le sait peu, mais les studios de Mexico ont tenté dans les années 40 et 50 de « nationaliser », d’adapter le mélodrame hollywoodien aux mentalités locales. Ces films baroques, au carrefour bizarroïde du film noir et de la comédie musicale, étaient distribués dans les salles populaires de l’Hexagone: ce n’est pas un hasard si François Truffaut, André Pieyre de Mandiargues ou Raymond Queneau ont écrit sur cette actrice aux jambes longilignes, et si notre Édith Piaf demanda à la rencontrer lors d’un séjour à Mexico!

Prostitution permanente, ivresse non maîtrisée, arrachage de cheveux, rapt d’enfants, épouses infidèles collant des gnons à des maquereaux perlant du front… À une époque où le cinéma américain s’astreint à compter la distance séparant deux lits conjugaux sous l’austère férule du code Hays, le septième art mexicain dégorge de liberté et d’atteintes aux bonnes mœurs, racontant par le menu des histoires d’ascension et de chutes qui convoquent, effectivement, le rythme effréné du pré-code. Les héroïnes incarnées par Ninón Sevilla – nom qu’elle s’octroie d’après la sulfureuse Ninon de Lenclos – sont toutes en lutte contre une société corrompue où règnent le pouvoir de l’argent et la mainmise d’ombrageux mafieux. Partis de rien, ses personnages vont tous gravir les échelons pour tenter de remettre les vilains mâles à chapeau de paille à leur place.

Le plus étonnant dans ce cinéma pulsionnel reste ces séquences chantées et dansées qui surgissent sans crier gare : il n’y a qu’ici qu’on peut voir un gros méchant joué par Rodolfo Acosta – sadique second couteau aperçu chez Henry Hathaway, Don Siegel et Budd Boetticher – violenter sur le bitume une proie féminine avant d’esquisser un étourdissant numéro de mambo chaloupé dans la minute qui suit ! Le tout avec un Pérez Prado, l’homme qui donna justement ses lettres au mambo avant de se faire honteusement pomper par Lou Bega 50 ans plus tard, tapi avec ses musiciens dans le fond…

Empressez-vous donc d’aller voir cet heureux trio chaos à partir du 10 juillet:
L’aventurière d’Alberto Gout – 1949
Victimes du péché d’Emilio Fernández – 1951
Prends-moi dans tes bras de Julio Bracho – 1954

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