« Etat limite » de Nicolas Peduzzi: un documentaire à voir sur le chaos qui mine l’hôpital public

Comment bien soigner dans une institution malade? Dans un hôpital de la région parisienne – l’hôpital Beaujon, à Clichy (Hauts-de-Seine) – le Dr. Abdel-Kader, psychiatre de liaison, navigue des urgences au service de réanimation, de patients atteints de troubles mentaux à ceux qu’une maladie chronique retient alités. En dépit des impératifs de rendement et du manque de moyens, il s’efforce d’apaiser leurs maux.

Unique psychiatre sénior de son service, le Dr. Abdel-Kader, 34 ans, porte sur ses épaules la responsabilité de plusieurs centaines de patients, aux profils pour le moins épars (toxicomanes, suicidaires, alcooliques…) Pas étonnant que ce « psychiatre mobile » – terme officiel sentant fort le sympathique euphémisme utilisé pour désigner une personne effectuant le travail de plusieurs dans un cadre de mise à sac volontaire des établissements publics – soit qualifié par le réalisateur de « Don Quichotte hospitalier ». Telle la Madame Hofmann de Sébastien Lifshitz, le docteur empile les casquettes (et les paires de baskets) et ne peut quantifier le fruit de ses efforts dans des tableurs Excel: son indicateur à lui, c’est le temps long, la denrée manquante à tant de service de soins délibérément estropiés par des gens bien peignés qui ont fait de meilleures études que vous.

Pas d’entretien face caméra ou de voix-off explicative ici, le dispositif de Peduzzi s’intéresse d’abord à la parole et à son écoute, sanctifiant de façon habile les non-dits volontaires et les choses littéralement impossibles à entendre (comme ce monsieur nerveux qui se refuse à l’idée matrixante d’être attaché avant qu’on ne lui impose une sédation). « Le dialogue d’abord, la médicamentation ensuite » semble en effet constituer une éthique commune au médecin et au cinéaste… Et l’état-limite, désigner à la fois cet entre-deux qui sépare la stabilité de la folie, mais aussi qualifier avec précision la psyché harassante d’un personnel au bord du burn-out: pas étonnant que dans certains plans, ce soit le docteur lui-même que le cadre découpe et schize (du verbe schizer, que nous venons tout juste d’inventer) à moitié à l’extérieur du cadre… G.R.

1 mai 2024 en salle | 1h 42min | Documentaire
Date de reprise 1 mai 2024
De Nicolas Peduzzi | Par Nicolas Peduzzi

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