C’est dans la joie et la torture que le cinéma d’horreur japonais s’est démultiplié dans les années 80 et 90 avec une longue lignée de saga dont les opus n’avaient en commun que le besoin intense de repousser les limites du bon goût: Guts of a Virgin, All night long, Evil Dead Trap, Guinea Pig, Angel Guts, Men Behind the Sun… Nettement moins extrême, la trilogie Door n’a pas connu les grâces d’un culte piquant: derrière un titre à la fois lapidaire et tout à fait évocateur, on pousse la porte des appartements tokyoïtes pour y découvrir des choses forcément insoupçonnées. Non seulement les films ne se suivent pas, mais surtout ils n’empruntent pas nécessairement les mêmes thèmes: Door premier du nom se réclame du thriller domestique; le second opus, Tokyo Diary, raconte sans ambages les mésaventures d’un call-girl; alors que le troisième donne l’occasion à Kiyoshi Kurosawa de s’exercer déjà au fantastique à tendance paranoïaque avec une intrigue très bodysnatcherisante. Bref, ça claque des portes à Tokyo et en l’occurrence celle de Yasuko, une mère de famille qui remplit consciencieusement son devoir marital sans trop se poser de questions. Jusqu’au moment où ses moments de solitude et quelques bizarreries a priori anodines (une poubelle qui ne devrait pas être là, des appels téléphoniques…) commencent à l’inquiéter. La goutte de trop? La visite d’un démarcheur ultra-collant qu’elle blesse accidentellement à la main en lui fermant sa porte. L’homme, manifestement déséquilibré, va tout faire pour rendre sa vie impossible.
Door est bien nommé puisque c’est bien la porte elle-même qui devient le noyau dur de cette atroce rencontre, comme instantanément renvoyée à son image de bouclier entre le monde et nous. Et que faire quand celle-ci ne suffit plus à nous protéger? Avalant son personnage principal tout cru, la grande Tokyo devient une ville-piège: labyrinthe ou prison, faites votre choix. Le confort moderne, on vous dit. Derrière une esthétique apparemment sans éclat, Door enferme justement son héroïne dans un monde amidonné pour mieux l’éclabousser au sens propre et au figuré: comme si on avait poussé Jeanne Dielman dans un escalier polanskien, Takahashi égare le spectateur au gré d’une succession de situations inconfortables, avec une victime et un stalker qui, durant un temps, se cherchent sans savoir à quoi ils ressemblent… jusqu’au moment où le bourreau met enfin un visage sur sa cible.
Tendance cocotte-minute, Door laisse place au bout du tunnel à un long climax ravagé, où la caméra tournoie et brise tous les angles imaginables pour capter toute la fureur d’un affrontement au mauvais endroit au mauvais moment. Là où Takahashi évite de rejouer la partition classique de la «final girl vs boogeyman», c’est qu’il n’hésite pas à casser le rythme de sa poursuite chat/souris, fourrant dans les pattes de la victime son propre bambin et jouant les perturbateurs à grand coup d’humour noir (comme l’irruption téléphonique d’un autre pervers). Dans un déluge de joue déchiquetée et de tronçonneuse, on ne se fait pas de cadeau ici, faisant passer le règlement de compte final de Liaison Fatale pour un bingo en Ehpad. Une redoutable efficacité que les années n’ont certainement pas égratigné… J.M.
1h35min | Epouvante-horreur, ThrillerDe Banmei Takahashi | Par Ataru Oikawa, Banmei Takahashi Avec Keiko Sekine, Daijiro Tsutsumi, Shirô Shimomoto |
1h35min | Epouvante-horreur, Thriller


