Tazio take 2. Années 80. Elio (Timothée Chalamet) a 17 ans et le monde autour de lui est triste comme un verre de grenadine. Comme tous les ans, ses parents accueillent dans leur maison sur la côte italienne un jeune universitaire censé assister le père d’Elio, éminent professeur de littérature. Cette année, l’invité sera Oliver (Armie Hammer) dont le charme et l’intelligence sautent aux yeux de tous. Au fil des jours qui passent au bord de la piscine, sur le court de tennis et à table où l’on se laisse aller à des joutes verbales enflammées, Elio, aux sens tous azimuts, se sent de plus en plus attiré par Oliver, tout en séduisant Marzia, la voisine.
Et c’est le feu qui brûle, qui nous rend fiévreux. Luca Guadagnino, réalisateur de Amore et A Bigger Splash (et prochainement du remake de Suspiria) s’est avoué surpris par l’engouement que son Call Me By Your Name provoque depuis plus d’un an, au gré de ses présentations en festivals jusqu’à ses nominations aux Oscars. A dire vrai, il n’est pas le seul: il y a ceux qui entrent immédiatement dedans et d’autres qui resteront en dehors. Tant mieux, tant pis. Pour raconter l’éclosion du désir, le cinéaste a sa préciosité, sa manière impressionniste d’avancer à petit pas, filmant l’intimité lors de longues balades à vélo à travers la campagne italienne, de baignades dans la rivière, de longues après-midis au bord de la piscine, laissant affleurer la sensualité à travers de petits gestes, de simples regards. L’adolescent et le jeune professeur s’apprivoisent et se fuient tour à tour, puis la confusion cède la place au désir et à la passion. Dans son rythme assoupi, son climat ensoleillé, sa végétation luxuriante, nait cette romance que personne ne voit venir (ni Elio qui trouve Oliver arrogant, ni Oliver qui séduit toutes les filles du patelin). Un coup de foudre inexplicable par de simples mots qui naitra à la faveur de l’été et qui mourra à la fin de ce même été.
Partiellement adapté d’un roman très Proustien du André Aciman qui en disait long sur la force de la mémoire, le poids du temps qui passe et l’érosion du sentiment amoureux, Call Me By Your Nametient de la symphonie. Une mélodie d’amour chantant les cœurs «qui battent cœur à corps perdu» et les corps «qui vivent corps à cœur déçu». Une révolution pour le jeune Elio; une parenthèse pour Oliver. Un secret murmuré où chacun réclame le prénom de l’autre. Aussi, ne vous fiez pas à la présence au scénario du réalisateur James Ivory (Maurice) dont le classicisme très old school peut rebuter. Le réalisateur Luca Guadagnino aime barbouiller cet univers de raffinement extrême, cossu et érudit de mauvais goût, comme un ado s’amuserait à tout saccager pour contrer l’ennui, et de fait joue à fond sur le kitsch inhérent aux années 80. La raison pour laquelle Call Me By Your Name nous touche à ce point, c’est que chacun y reconnaîtra des lambeaux de son identité morcelée. C’est beau de voir un ado prendre conscience de ses sentiments, douter de ses certitudes, assumer ses désirs. Et c’est tout aussi beau de recevoir le témoignage d’un père qui a tout saisi de cette attirance secrète et qui dit à son fils tout ce qu’un enfant attend d’entendre de ses parents. A la fin de Call Me By Your Name, Elio ne sera pas le même au début. Dehors, il neige. L’été semble loin. Mais le feu intérieur brûle toujours.

