La Rédaction Chaos raconte son Festival de Cannes. Jour 10: Burning de Lee Chang-Dong met le feu à la compétition, Dogman révèle un acteur sensass-chaos.
Le monde reste un mystère. Cette phrase prononcée par un personnage de Burning de Lee Chang-Dong restera. Comme ce film qui nous enflamme depuis sa découverte ce mercredi soir. Poetry, le dernier long-métrage du sud-coréen Lee Chang-Dong, remonte à 2010. Huit années se sont donc écoulées après son prix du scénario à Cannes. Burning, son thriller psy intimiste dans lequel là-aussi une femme disparait (un jour après le David Robert Mitchell, ça fait bizarre) et laisse les cœurs des hommes démunis se révèle son grand retour sur la Croisette, pour le meilleur. Pour ce cinquième long-métrage (en l’espace de vingt ans), Lee Chang-Dong adapte la nouvelle Les Granges brûlées de Haruki Murakami, publiée dans The New Yorker en 1992. Nous sommes à Seoul, une jeune femme reconnait un jeune homme, ancien voisin qu’elle a connu jadis, qui joue les coursiers et qui aspire à devenir écrivain. Rencontré par la jeune femme lors d’un voyage en Afrique, un jeune Dandy friqué et pervers va contrarier cette douce idylle. Confessant aimer à mettre le feu aux serres abandonnées, il exalte un ennui existentiel vertigineux. Ne pas se fier à l’apparente innocuité du résumé et la possible parenté avec Jules et Jim (l’utilisation de Ascenseur pour l’échafaud de Miles Davis n’est pas anodine): sous couvert de simplicité, Burning est une merveille de complexité. il est bel et bien question de malaise diffus, de jeunesse coréenne, de violence sociale, de rapports de force et de lutte de classes. De plans fixes en plans-séquences, Lee Chang-Dong construit un ensemble infiniment plus riche qu’une simple affaire de triangle amoureux. Très plébiscité par notre panel de journalistes (faisant descendre Leto en seconde position), Burning est un film à combustion lente, d’une rare puissance d’évocation, qui enregistre les moments en creux, qui surprend jusqu’à son dernier plan (un climax où la violence, longtemps contenue, explose enfin), qui s’insinue en vous et qui vous hante longtemps. Son absence au palmarès serait une aberration mais on n’est jamais à l’abri d’une aberration (souvenez-vous de Toni Erdmann).
On a également vu Dogman de Matteo Garrone qui nous a laissé un poil plus circonspects mais qui doit avant tout pour la révélation de son acteur Marcello Fonte, dans la peau d’un toiletteur pour chiens qui montre les crocs après avoir trop longtemps subi. Divorcé, ce dernier vivote avec un petit trafic de cocaïne pour améliorer les fins de mois. Et pour seuls amis ces chiens qui viennent dans sa boutique se refaire une beauté. Trahi et humilié par celui qui a dû être un ami d’enfance, une montagne de muscles accro à la cocaïne perd peu à peu toute son innocence. Librement adapté d’un fait divers sordide à Rome à la fin des années 80, où un toiletteur pour chiens avait torturé et tué un criminel qui terrorisait le quartier, ce film est parti d’une simple suggestion visuelle, celle de quelques chiens enfermés dans une cage qui assistent comme témoins à l’explosion de la bestialité humaine, selon les notes d’intention du film qui repose vraiment sur le show de son incroyable acteur principal que Garrone a bien raison de qualifier de sorte de Buster Keaton des temps modernes, quasiment un acteur du cinéma muet.
Sinon, Matt et Lars vont bien – Lars ayant déclaré au Guardian: «Je ne suis pas sûr qu’il ait assez détesté mon film».
Quant à Gaspar Noé, il a déclaré à Vulture que The House That Jack Built ressemblait à du Todd Solondz et expliqué qu’il trouvait les scènes sadiques hilarious.
Demain, on a rendez-vous avec Yann Gonzalez pour se prendre Un couteau dans le cœur. Fort, le coup de couteau please.

