[SEE YOU IN HELL MY DARLING] Nico Nikolaidis, 1999

À ceux persuadés que Yorgos Lanthimos a inventé le chaos sous le soleil grec, on leur dira que non, tout ne s’est pas bâti en un jour. Labyrinthique et fastidieux, le cinéma d’exploitation grec n’a certes pas la richesse de ses camarades italiens ou américains, et fascine sans doute encore un peu par sa confidentialité. Deux noms surgissent toutefois au milieu de la foule: Nico Mastorakis, à qui l’on doit le jubilatoire et atroce Island of Death, qui s’envole bien vite pour les États-Unis, et Nico Nikolaidis, assez remarqué au début des 90’s à Avoriaz avec le post-nuke Morning Patrol et l’immoral Singapore Sling, qui avait l’avantage de ne pas s’oublier de sitôt. Dans la villa de tous les plaisirs et de toutes les horreurs, le bonhomme y revisitait le Laura de Preminger avec des assauts dignes de John Willie et Georges Bataille, où maman et fifille séquestraient un pauvre hère dans une atmosphère de tombeau sexuel.

Un film de malade pour les malades (que nous sommes) qui vida manifestement Nikolaidis pendant une dizaine d’années, revenant alors en 1999 avec See you in hell my darling, une œuvre toute aussi folle alors très proche de la relecture avouée. Un manoir venteux, une nuit noire, deux femmes, un homme dont on ignore s’il est mort ou vivant. La visiteuse est chic, consciencieuse, immaculée, alors que son hôte, humide et nue, semble en savoir plus qu’elle ne le dit. Toutes deux se connaissent, se sont peut-être aimées. Un ancien braquage dans l’air, une rivalité amoureuse, une présence masculine spectrale, un corps flottant dans la piscine. Bonnes amies, belles ennemies, amantes probables, les deux femmes s’étreignent comme elles se battent dans une scène brutale et troublante. Tout n’est que verres d’alcool siphonnés et trafiqués, cigarettes allumées, bouches pulpeuses. De l’eau partout, dans les culottes et dans la piscine, dans la mer et le ciel. Les plongeons à répétition donnent l’impression que tout ne fait qu’un.

Pas du genre crime story premier degré, See you in hell my darling joue avec ses femmes fatales comme avec des Barbies ravagées, casse le rythme et l’image en permanence, entre symphonie fétichiste et trip hallucinogène. Des flingues, des cordes (pour du bondage bien sûr), des masques bizarres, une robe de mariée en guise de pièce à conviction et de costume fantasmagorique. L’impression d’étouffer dans des limbes sexy où personne ne meurt vraiment, où les passions se déchaînent dans le noir. Le cocktail, fatal, s’essouffle parfois, mais quel festin visuel. Comme si David Lynch avait épousé Marc Dorcel.

Réalisé par : Nikos Nikolaidis
Avec : Vicky Harris, Valeria Christodoulidou, Paschalis Tsarouchas, Nikos Kordinos, Panos Vourlamis

Les articles les plus lus

Les dix meilleurs films de 2026 (pour le moment…)

Quels sont les films vus, critiqués, aimés (et moins...

Le thriller romantique queer « The Serpent’s Skin » de Maio Mackay dévoilé dans une bande-annonce prometteuse

Une bande-annonce vient d’être dévoilée pour The Serpent's Skin,...

« Crystal Lake » : la franchise horrifique « Vendredi 13 » déclinée en série

Les studios A24 et la plateforme Peacock ont dévoilé...

Culte des années 2000 : The Detroit Experiment – « Think Twice »

En 2002, Carl Craig enregistre une nouvelle version de...

« Salvation » de Emin Alper : recette pour un massacre

Avec Burning Days (2022), sorte de Réveil dans la...

Culte des années 2000 : Freezepop – « Less Talk More Rokk »

Au milieu des années 2000, Freezepop commence à changer...

Culte des années 90 : Mos Def – « May-December »

Surprise : après seize titres, Mos Def termine Black...

Culte des années 90 : Laika – « Almost Sleeping »

Le groupe Laika se forme à Londres en 1993...

Culte des années 80 : Cameo – « Word Up »

Une batterie électronique sèche, une basse qui cogne, quelques...

Culte des années 2010 : Red Axes – « Papa Sooma »

Papa Sooma s’ouvre sur quelques notes de clavier, une...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!