[SEBASTIANE] Derek Jarman, 1976

Co-réalisé avec Paul Humfress, Sebastiane est le premier long métrage de Derek Jarman, cinéaste britannique plus punk tu meurs qui, dès son coup d’essai, disait franchement où allaient ses désirs et s’asseyait sur la bienséance de la société anglaise.

PAR PAIMON FOX

Au IVe siècle ap. J.-C., Sebastiane est membre de la garde personnelle de l’Empereur Dioclétien. Quand il essaye d’intervenir pour arrêter une exécution, il est dégradé puis exilé dans une garnison éloignée dans un lieu désertique où les soldats se consument d’ennui et de désir.

On apprend, dès le début, que pour le vingtième anniversaire de son règne, l’Empereur Dioclétien décide de persécuter les Chrétiens. Parce qu’il a refusé de céder aux avances de ses supérieurs, Sébastiane, sorte de Christ charismatique, soldat de l’armée romaine et cristallisation de tous les fantasmes, subit un supplice mortel. Passionné par l’iconographie et es peintres de la Renaissance (le corps du saint martyr percé de flèches), Derek Jarman, coréalisateur avec Paul Humfress, agit comme esthète du corps masculin, qualifiant son film comme «homoérotique dans sa structure même». Il est resté fidèle au récit canonique pour proposer sa relecture sexuée de la vie du martyr Saint-Sébastien en mélangeant le mythe et le fantasme, Eros et Thanatos.

Prenant le pouls des années 70, période dominée par la rage créatrice et la liberté sexuelle, Sebastiane n’aurait certainement jamais vu le jour dans une autre décennie. Loin d’une reconstitution fastueuse de l’Empire Romain, le film préfère le désert affectif, les décors fantomatiques, les figures du passé paumées dans un no man’s land.

On pense bien sûr à Fellini période Satyricon pour la farce lubrique et grotesque, Kenneth Anger dont il deviendra le disciple doué et surtout Ken Russell, avec lequel il a travaillé sur Les Diables – dans la conception des décors et à Federico Fellini période Satyricon pour la tension sexuelle. Certaines scènes de sauvagerie pure restent marquantes par leur intensité. En plus, les dialogues intégralement en latin, prononcés avec un accent anglais, contribuent au dépaysement. C’est des années avant The Garden (1990) où la vie de Jésus est rapportée à une histoire d’homosexualité transcendée.

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