[FANTASIA 2021] « Agnès » de Mickey Reece, « The Righteous » de Mark O’Brien… possessions et présences démoniaques

Hasard ou non, le thème la religion et le rapport au sacré étaient largement représentés dans la sélection de cette année. Parmi eux, Agnès de Mickey Reece, réussit la prouesse de se détourner de son récit programmatique – dans un couvent de nonnes, un prêtre est chargé de chasser le démon qui possède la Sœur Agnès – pour conter dans sa deuxième partie l’émancipation de Sœur Mary.

Agnès surprend par son ton décalé, traitant la possession sans les artifices épate-bourgeois habituels (craquements d’os, cris gutturaux), pour offrir une approche drôle et émouvante. En s’enfuyant du couvent, Sœur Mary marche sur les pas de son amie Agnès et déterre son passé. Elle flirte notamment avec son ancien petit ami, et finit par devenir elle-même une double Agnès. Un mimétisme si profond et intime, qu’elle sera fatalement possédée par la même entité. Agnès n’est pas dénué de défauts (sa mise en scène hésitante en premier lieu), mais a le mérite d’aborder de manière originale et inédite le thème éculé de la possession.

Avec moins de succès, l’Argentin Daniel De la Vega explore une veine plus fantastique et teintée de mystère avec On The Third Day, qui ambitionne d’allier l’étrangeté lynchienne avec l’élan des premiers films de Guillermo Del Toro. Une femme, victime d’un accident de voiture, n’a plus aucun souvenir des trois jours qui ont suivi cet évènement, et surtout, son fils a disparu.En remontant le fil des souvenirs de l’héroïne, réalité et cauchemar se confondent. Si le film fonctionne un temps sur cet équilibre, il perd peu à peu de sa force à mesure où la conclusion approche.

Plus métaphysique, puisqu’il suggère de questionner l’existence de Dieu, The righteous est un exercice de style qui ne cherche pas à cacher ses influences. De la même façon que Brian De Palma s’inspirait de Alfred Hitchcock, ou Paul Schrader de Robert Bresson, ici, le réalisateur Mark O’Brien convoque la figure tutélaire de Bergman (en particulier Les communiants), autant dans le thème (le doute) que dans le style (le clair obscur en noir et blanc). Le personnage principal est un ancien prêtre qui essaie de surmonter avec son épouse la mort récente de leur fille lorsque débarque un mystérieux intrus. A son contact, le passé ressurgit et avec lui, des secrets pesants qui questionnent la foi, le deuil, la loyauté et la culpabilité. Entre autres bons points, il faut signaler l’interprète de l’intrus, notable pour son physique magnétique et son inquiétante intensité: il s’agit de Mark O’Brien, qui a aussi écrit et réalisé ce premier film assez impressionnant. M.B. & G.D.

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