Tout commence par un accident de voiture dont est victime le personnage principal, Alexia, dans son enfance. Son père est au volant, elle manque de mourir et ne doit sa survie qu’à une plaque de titane qu’on lui insère dans le cerveau et qui se devine au-dessus de son oreille. On la retrouve jeune adulte, elle fait littéralement l’amour avec des voitures, tue des hommes et son corps est comme hanté par une masse de métal qui grandit dans son ventre tandis qu’elle sue et saigne de l’huile de moteur…
Quand on voit l’incroyable trailer, sec comme une torgnole, de Titane, on ne comprend RIEN. Et on adore ça. Rappel à ce juste titre que rien n’est plus efficace qu’une promo mystère, plutôt qu’un digest express du film. Et il en fallait du mystère, tant justement le second film de crazy Juju ne va jamais là où on l’attend. Tout à fait ce qu’on souhaite ardemment du cinéma de genre (en France ou ailleurs) en 2021, toujours gangrené par les modes et les tendances de la décennie précédente. On préfère du coup encore rester cryptique quant à la colonne vertébrale même de Titane, qui donne l’impression de voir un film se crasher contre un autre. Et ça tombe bien, puisque tout commence par un accident de bagnole (avec Bertrand Bonello en papa au volant: quelque chose d’organique… oui oui) où le moteur en marche est filmé comme une enfilade d’entrailles huileuses. Cronenberg par-ci, Cronenberg par-là: Julia sait, on sait, tu sais. Pas de problème, la réalisatrice de Grave réussit à s’émanciper de l’ombre du maître: au regard clinique, elle préfère la rage aux dents. La morale, elle la fout aux orties. Et sur ce point, la première partie risque de hanter bon nombre de spectateurs (sensibles ou pas), autant dans ses non-dits que dans la dimension viscérale de son ultra-violence, avec son anti-héroïne qui a remplacé son ange et son diable d’épaule par Eros & Thanatos. Et dans cette maison, on ne sous-estime pas la puissance de Caterina Caselli (Soavi l’avait déjà prouvé, Ducournau surenchérit).
Film de genre of course, film de genres aussi: à l’heure où l’on traîne la patte pour traiter les thématiques queer dans le cinéma fantastique et d’horreur (et dieu sait qu’il y a des choses à dire), Titane ne fait pas dans la demi-mesure, aussi fluide que le corps d’un T1000 jusque dans ses ruptures de tons salées (vous n’écouterez plus la Macarena comme avant, sorry). Le gender bordel s’abreuve d’une vision radicale des corps, tantôt déconstruits, remodelés, démontés, déchirés, gonflés, crevés, jamais épargnés. Corps qui dansent également, qui se libèrent de leur poids le temps de quelques grands moments (dont un sourire qui s’échappe là où on ne l’attend pas). L’émotion est là aussi, elle manquait un peu à Grave d’ailleurs, Ducournau continuant d’explorer les motifs déjà entrevus dans son coup d’essai (la chair, la mue, la famille, la tragédie) mais imposant cette fois une narration à la dynamite, tout en faisant des merveilles dans l’intime. Et ça pince tout ça, ça laisse des bleus. Évoluant comme une flamme, Agathe Rousselle, démente mutante, est assurément une incroyable découverte. Quant à Vincent Lindon, il n’a jamais été filmé ainsi (même pas chez Claire – doesn’t care – Denis), et on se dit qu’il devrait continuer à dévier autant sa trajectoire. Dans un chaos absolu, la titanium girl et l’homme de feu rapiècent leurs plaies comme ils peuvent. Et c’est du vrai métal hurlant. J.M.


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