[VAL KILMER] Douleur et gloire dans un documentaire au Festival de Cannes

Présenté hors compétition au Festival de Cannes, le documentaire Val de Léo Scott et Ting Poo, est consacré à l’acteur Val Kilmer, produit par A24 et distribué par Amazon Studios. L’occasion pour nous de revenir sur la carrière du Saint des Saints, mal compris, peu connu, qui se bat héroïquement contre un cancer du larynx depuis 2015.

Né à Los Angeles, comme Jodie Foster, fils d’agent immobilier (comme elle), Val est révélé dans les années 80 par Tony Scott après avoir fait l’école d’art dramatique de Juilliard, avec son ami Kevin Spacey (qu’il a d’ailleurs poussé à s’inscrire). À l’école, le talent de Val interpelle ses enseignants, et c’est au cours de chant qu’il parvient à toucher le plus son auditoire. Dans son premier film, une parodie d’un film d’espionnage, Top secret!, on lui donne un rôle de chanteur. Il campe une jeune vedette des shows télé américains que le destin va venir bousculer mentalement et physiquement. Une réussite pour lui. Ce n’est pas un hasard si plus tard, au cours de sa carrière flamboyante, on lui proposera d’incarner un Elvis Presley imaginaire, appelé Le Mentor, le temps de quelques scènes dans le film True Romance. L’idée vient de là.

Par l’intermédiaire de son agent, il se voit proposer un casting pour un film de Tony Scott (frère de Ridley) où il doit jouer un pilote de chasse de l’armée américaine. On lui donne le rôle presque immédiatement. Il est pris sans avoir besoin d’ouvrier la bouche. Tony Scott le veut. il est vu comme un parfait rival pour le «boy scout» Tommy Cruise, également au casting. Top Gun lance d’ailleurs la carrière des deux, une carrière d’envergure internationale, à une époque où le Soft Power américain était à son apogée. Sur le tournage, il s’embrouille avec Tom Cruise. Il n’est pas content de la tournure que prennent les événements, principalement centrés autour de l’aura du héros. À ce jour, on ne sait pas si les deux se sont réconciliés. Leur grief a donné néanmoins de belles scènes de tensions, dont une en particulier, située dans le club-house de l’aérodrome, où Kazansky, alias «Iceman», reproche à Maverick son manque de professionnalisme.

Après Willow en 1988 (dont l’histoire a été chapeautée par George Lucas), et le très bon Kill Me again de John Dahl (que l’on vous recommande) où Val joue un détective privé face à Joanne Whalley (son épouse) – et Michael Madsen, en 1989, l’acteur à la voix d’or retrouve le micro. On lui offre la possibilité la mettre en pratique. En effet, il obtient le rôle principal dans le biopic de Jim Morrison d’Oliver Stone, The Doors. Un rôle complexe, demandant beaucoup d’efforts et d’implications pour pénétrer la psyché de ce grand nom de la culture pop – également membre du club des 27 (décédé à 27 ans). Le film est bien accueilli, et sa performance fait déplacer beaucoup de jeunes à travers le monde, notamment à Paris, où se trouve la tombe du chanteur. Diffusé en Digital Sound, le film se place en tête du box office pendant de nombreuses semaines.

Au milieu des années 90, de retour à Los Angeles, il travaille avec Kim Basinger dans un film policier – sans succès, et assez vite oublié. Cependant, son nom revient dans les conversations et arrive aux oreilles de Michael Mann, au moment où ce dernier recherche des «gueules d’acteurs» pour incarner des méchants. Parmi les rôles proposés, il y a celui d’un braqueur de banque ultra violent – roi de la gâchette. Dans Heat, il est enrôlé par un autre bandit, joué par Robert De Niro – ils chercheront à échapper à la police et à l’inspecteur du L.A.P.D., joué Al Pacino. Leur affrontement donnera lieu à l’une des fusillades les plus réalistes de l’histoire du cinéma. Le son direct des balles à blanc enregistré sur le terrain est un spectacle grandiose. De plus, les voix sont capturées à la perche, sans post-synchro. Ce qui a pour conséquence de créer une immersion totale. On y voit aussi Val Kilmer recharger son fusils M-16 entre deux bagnoles. Il le fait si vite, si bien, et avec tant de précision que l’armée américaine (itself) utilisera cet extrait pour la formation de ses officiers. La «Kilmer touch», comme ils l’appellent, très utile en cas d’extrême urgence, parfaite pour la guerre du Kosovo.

Loin d’être la décennie de la déchéance, comme beaucoup aiment à penser. La décennie suivante est assez plaisante. En 2006, il retrouve Tony Scott pour son film Déjà vu, dans lequel il incarne un agent du FBI. Ensuite, et par le plus grand des hasards, il fait une escale à la Nouvelle Orléans, avec Werner Herzog, pour jouer dans le remake du film d’Abel Ferrara Bad Lieutenant. Mais le plus plaisant arrive en 2011 avec Twixt. Il rejoint le patriarche de la famille Coppola et se glisse dans la peau d’un écrivain en proie à des délires hallucinatoires. L’histoire raconte les déboires d’une star de la littérature, à la tête d’un grand roman de sorcellerie. Un jour, il se fait entraîner par le shérif d’une petite ville dans une sombre histoire de meurtre. Celui d’une jeune fille du coin (Elle Fanning). Beaucoup ont détesté le film. Nous, on a adoré. Pour ses enfants (Mercedes et Jack Kilmer), le nom de Coppola est déjà plus assimilé à Gia Coppola (pour qui il travaille lors du tournage de Palo Alto) ou encore Sofia, avec qui il a songé à collaborer, pendant un moment. Mais ça ne s’est jamais fait.

Dans Twixt, d’ailleurs, la figure de l’artiste entouré de démons est juste, et annonce malheureusement la suite. Trois ans plus tard, lors d’une interview, l’un de ses anciens collègues, et acteur, Michael Douglas révèle à la presse que Val est atteint d’un cancer de la gorge. Furieux, ce dernier dément, puis assure ensuite que son état est stable. A 60 ans, l’acteur de Top Gun préfère révéler sa vie dans une autobiographie (I’m your Huckleberry), où il évoque sa jeunesse et les démons qui le hantent depuis toujours. Il se confie également sur son adolescence, oscillant entre la drogue et l’alcool. Mais plus encore, il confie avoir vu un jour, à Albuquerque, «un ange noir ressemblant à Dark Vador, mais sans le casque». Une allégorie, sans doute, devenue réalité par le biais de ses angoisses. En rémission depuis deux ans, le confinement est l’occasion pour la société A24 de mettre sur la table ce documentaire consacré à sa vie. Sa vie, son œuvre, ses démons, sobrement et en toute simplicité.

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