Black is beautiful. Collin en peut plus. Encore trois jours pour que la liberté conditionnelle de notre héros prenne fin. En attendant de retrouver une vie normale, il travaille comme déménageur avec son meilleur ami, dans un Oakland en pleine mutation. Mais lorsque Collin est témoin d’une terrible bavure policière, c’est un véritable électrochoc: il n’aura alors plus d’autres choix que de se remettre en question pour prendre un nouveau départ.
Une bonne claque aux petits mauvais auteurs. Passé une première séquence hilarante, on est partagé entre l’excitation de voir la suite et la crainte que cette dernière ne soit pas totalement à la hauteur. On pense surtout, en bon spectateur incrédule de 2018, que le film ne va pas tenir la note et se résumer à une succession de sketchs inégaux misant tout sur l’inconséquence. Par bonheur, on a tout faux dans nos prédictions bêtasses tant le film, en avance sur nous sans nous laisser à la traîne, d’une énergie et d’une soif de cinéma à toute épreuve, a l’intelligence de ne pas tomber dans les ornières si redoutées du film-dossier et de trouver le ton adéquatement déconneur afin de traiter du racisme ordinaire aux États-Unis, un sujet qui n’inspire pas du tout la déconne. Qui fait le plus peur dans le jeune cinéma américain à message. Pour son premier long métrage, Carlos Lopez Estrada assume ses envies frondeuses, non pas en récitant ses petits Quentin Tarantino période Jackie Brown ou Spike Lee période Jungle Fever mais en explosant le cadre, en sortant de piste, en n’ayant peur de montrer du style, en envoyant paître tous les convenances et les conventions et surtout en racontant une amitié robuste et en même temps menacée, voire étonnamment émouvante, entre un américain black qui aimerait la tranquillité d’un américain blanc et un américain blanc qui aimerait avoir la coolitude d’un américain black. Tout le monde se cherche, se paume, se fracasse, se défonce dans ce joyeux et irrésistible bordel rap sur notre bonne vieille société d’apparences qui charrie autant de pistes stimulantes que de réflexions modernes. Cette impolitesse suffit à faire notre bonheur. Croyez le Chaos: Blindspotting est l’heureuse surprise de ce début d’octobre.
JEAN-FRANÇOIS MADAMOUR

