Seule sur l’île d’Yeu, Sasha attend le retour de son mari, son bébé au bras, dans une maison isolée. Il fait beau, il fait chaud, l’ennui prédomine. Un jour, Tatiana, une routarde, demande à Sasha d’emprunter son jardin pour installer sa tente. D’abord brusquée, Sasha tente tout de même d’aller à la rencontre de cette femme solitaire, un peu sauvage, obscure, grave et téméraire. Et ça finira mal, si mal…
«Ozon n’est pas Ozu, Regarde la mer aurait dû s’appeler Regarde la merde» aurait dit Godard. Preuve qu’il ne s’est pas contenté de filmer (parfois) des conneries, il en a dit pas mal aussi. Mais la formule est chaos, irrésistible, et on préférera s’en amuser. L’objet du délit, lui, fait taire cependant tous les rires : François Ozon passait à l’époque à une étape majeure, un film plus long, après une bonne dizaine de courts-métrages. Des curiosités dans lesquelles valsent les ombres d’Eros et Thanatos, l’envie de revenir peut-être vers un cinéma abrasif comme dans les années 70 (Fassbinder et compagnie) et une fascination évidente pour la fluidité sexuelle. À l’époque, Regarde la mer, qui ne dure qu’une quarantaine de minutes, sort en salles accompagné d’Une robe d’été, son antithèse solaire. Ozon se fait remarquer, continuera à irriguer ses obsessions dans des titres plus (Sitcom, Gouttes d’eau sur pierres brûlantes) ou moins réussis (Les Amants criminels, intéressant mais raté), avant de s’embourgeoiser en bonne et due forme. Est-il pour autant moins bon ? Pas forcément. Juste plus sage, plus grand public. De temps à autre, on retrouve ce petit goût malaisant, cette propension aux intrigues tordues, cette perversité…
Interpellé par son court Bien sous tout rapport (et sa famille voyeuriste), François Ozon entraîne Marina de Van dans sa spirale, pour une collaboration qui stoppera en 2000 avec Sous le sable. Inutile de dire que ces deux-là devaient se nourrir allégrement, d’un univers scabreux à un autre. La preuve en est dans ce Regarde la mer, qui n’aurait pas eu la même saveur sans la présence de la De Van, qui engloutit ce qui aurait pu être un conte moral à la Rohmer.
Dans un calme anxiogène, Regarde la mer confronte une mère lumineuse à une ogresse, hallucinante Marina de Van au comportement inattendu, glaçant, en total décalage avec tout ce qui l’entoure. Que veut donc cette vampire de la route, engoncée dans ses vestes en plein été, caressant les tombes ouvertes et observant religieusement le bébé de son hôte ? Ozon multiplie les pistes, les détails, met mal à l’aise autant par l’image (le coup de la brosse à dents dans les chiottes qui n’a pas échappé à Jean-Luc, donc) que les mots (incroyable dialogue en plans serrés dérivant sur les zones les plus grises de l’accouchement), s’aventure dans de beaux coins troubles et rarement explorés (la sexualité d’une maman délaissée, découvrant alors des sous-bois orgiaques) mais n’explique rien et laisse l’imagination courir. Un vrai film d’horreur, sans codes de films d’horreur, qui nous laisse là, dans un inconfort total. Regarde le chaos, c’est par là.
3 décembre 1997 en salle / 52min / DrameDe François Ozon Par François Ozon Avec Sasha Hails, Marina De Van, Samantha |
3 décembre 1997 en salle / 52min / Drame

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